Cette enveloppe , Brown la mit immédiatement de côté pour en prendre connaissance à tête reposée.Il y avait chez lui , une préscience des évènements et il était conscient que ce pli
n'était pas de bonne augure.Elisabeth était une personnalité officielle et toute entorse aux comportements serait épiée et ferait l'objet de rumeurs mal odorantes dans ce milieu avide de
sujets de conversation de ce genre.Il continua tranquillement son cabinet , voyant son lot habituel de rhinopharyngites, de cardiopathies hypertensives, de diabétiques , de troubles de
l'alimentation, d'hypocondriaques et de depressives. .Il s'efforçait d'être à l'écoute de tous,avec la même attention, avec des mots de réconfort, et surtout sa compétence. Son cabinet faisait
partie des plus gros cabinets de la région et certains lui avaient même fait la réputation d'enlever les verrues par simple application des doigts. Mais ce sont les céphalées qui le passionnaient
le plus et en particulier les migraines, pour lesquelles il avait inventé des cocktails et des attouchements dont l'efficacité fut reconnue. Sa matinée s'acheva laborieusement et, alors, il
s'occupa de la lettre. Toute la passion d'Elisabeth s'y révélait.Le coup de foudre, le mystère des yeux de Brown, l'attirance physique irrésistible qu'il avait fait naître chez elle, le désir de
lui appartenir, le vide que lui avait causé son départ, la fébrilité qui l'habitait dans l'attente de le revoir, tout était exposé dans une écriture elégante et large , régulière et singulière,
tout sentait la détermination profonde de la femme décidée à jeter son dévolu sur l'objet de son amour soudain. Brown réflechit quelques instants, pencha la tête à droite et à gauche
et il décida brusquement de ne donner aucune suite à cette missive. Cette décision allait entrainer toute une suite de conséquences dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne furent pas
heureuses.L'absence de réponse fut loin de décourager l'attaquante, les lettres se succéderent quotidiennement, les mots se firent plus violents , les suppliques et les menaces se sont
succédées, l'imploration désespérée fut le dernier des arguments.Mais Brown se fit inflexible, le temps ne vit naître chez lui lui aucun signe d'attermoiement, sa ligne de conduite restait tracée,
et il n'en dévia point. Alors la soupirante se fit mégère, ce sont des injures qu'il recevait dorénavant, des maledictions qu'on proférait et les pires tourments qu'on lui promettait, d'autant
que l'expéditrice l'accusait d'avoir fait d'elle une possédée Brown avait le pouvoir de savoir que toute cette affaire allait mal se terminer A
SUIVRE