Mme Brown se présentait comme une très jolie femme ; certes son son côté poupée Barbie forçait quelque peu le trait, mais l 'agacement venait de son habitude
d'intervenir sur tous les sujets , surtout sur ceux qu'elle ne connaissait pas, ce qui avait fini par lui faire réputation. Ce soir là alors que le climat allait vers l'apaisement,
elle prit abruptement le contrepoint de son époux. Les convives en conçurent une profonde consternation; le propos tomba à plat mais alourdit quelque peu le silence prudent que
l'intervention de Brown avait fait naître.Elisabeth jouait toujours de son charme en essayant de mobiliser l'attention par des petits gestes qui auraient pu paraitre anodins mais que le
principal destinataire n'ignora qu'en apparence; cette relative indifférence eut pour conséquence d'exacerber la curiosité de sa vis àvis.Pourtant la rétine de Brown photographiait ses faits
et gestes , la lame d'acier se fit miroir et Elisabeth crut un temps apercevoir les reflets des fantasmes du médecin. Les desserts et les digestifs furent à la hauteur du repas et l'Armagnac XO que
le dr Brown , réchauffa dans son verre de cristal de Bohème, allumait des teintes ambrées qui enflamma son imagination. Il perdit son regard dans le verre et il devina la silhouette
dénudée d'Elisabeth, et ouït la longue plainte exhalée au bout des expressions corporelles interminables, qu'il avait mis en scène pour elle. Une fois de plus
Elisabeth fut atteinte par le chuchottement. Le diner allait s'achever et le moment de prendre congé arriva ; froide fut la poignée de mains des deux protagonistes de la
discussion sur l'Allemagne, provocateurs furent les yeux d'Elisabeth, cordiaux furent les au revoir des Kahn, un peu trop appuyés furent les remerciements de Mme Brown. Quant à son mari, le départ
avait dissipé ses fantasmes, il répondit avec gentillesse aux questions de son épouse , il était de bonne humeur car il avait passé une excellente soirée, en bonne compagnie et pour lui
c'était là l'essentiel. Ils habitaient une immense maison dans le village de son exercice, il rangea tranquillement sa voiture, et pendant que sa femme entamait une longue séance de
démaquillage et de soins du visage , étalé sur un canapé il écouta du Bach. Lorsqu'il monta se coucher, sa compagne était endormie , il se glissa en silence sous son édredon. La nuit fut
courte et sans souvenir de rêve. Le matin le vit se presser pour se laver et s'habiller. Le petit déjeuner copieux et élégant avait été dressé par son épouse Hiéla qui l'attendait à table.
Ils conversèrent sur le temps et la pénible journée qui se profilait pour le médecin , il posa un léger baiser sur les lèvres de Hiéla avant de se rendrer à son cabinet. Dans
le courrier que lui amena sa secrétaire , se détachait une enveloppe bleue ,non timbrée; il eut le pressentiment immédiat qu'Elisabeth avait fait des siennes
A SUIVRE