Le dr Kahn était un pédiatre très connu. Ancien chef de clinique des hopitaux de Marseilles il avait pourtant été mal accueuilli dans cette région à cause de son nom peu catholique.
Il en avait conçu quelques ressentiment mais le soutien de ses confrères du même âge l'avait aidé à prendre rang dans cette microsociété aux règles édictées depuis des lustres par de grandes
familles bougeoises locales. De plus sa compétence avait fait l'unanimité.Son épouse une belle femme , pleine d'humour et bien discrète vivait dans son ombre mais se comportait en
ordonnancière de ses relations publiques. Elle s'en sortait à merveille.Des trois femmes, la beauté d'Elisabeth se voyait comme la plus éclatante; son charme semblait naturel mais quand
on l'observait, elle donnait l'impression, certes évanescente, d'un jeu de rôle qu'elle tenait avec talent Elisabeth était l'épouse du sous préfet dont elle éclipsait la
personnalité. Grande, mince ,large sourire, regard franc, l'attention toujours en éveil, réparties facétieuses et rapides, cultivée, c'est elle qui avait facilité l'intégration de son mari
dans ce milieu refermé sur lui même.Mr Klin était sous préfet depuis trois ans, c'était sa deuxième affectation. Jeune , il avait l'assurance de ceux qui savent qu'une brillante carrière leur est
promise . Plutot bel homme, il portait de petites lunettes cerclées d'or qui lui donnaient plutot l'aspect d'un jeune professeur. Klin avait des certitudes sur à peu près tout et dans ce
milieu peu de personnes lui apportaient la contradiction. Aussi quand il entama sa discussion sur la jeunesse en Allemagne dans les années 1967, 1968,
stipendiant son comportement et ses débordements il était persuadé d' une approbation générale; mais Brown n'était pas de cet avis et il le fit savoir. En petites phrases
courtes, comme aboyées il fit l'historique des évènements; il raconta qu'avant cette révolte il y eut en Allemagne une épidémie de suicides de jeunes, il décrit les circonstances et les causes de
cette révolte . Sans excuser les excès de Rudi le Rouge, il expliqua que ces jeunes qui manifestaient dans la rue descendaient de ceux qui avaient largement approuvé le régime nazi, qui avaient ,
pour la plupart, participé à ses crimes, qui avaient souvent bénéficié d'une large indulgence, qui étaient à la tête des groupes industriels et financiers , de la haute administration, qui
faisaient même partie du gouvernement fédéral mais dont le crime essentiel aux yeux de leurs fils avait consisté à leur avoir caché leur rôle pendant cette période. Ces derniers n'avaient
que le desespoir pour exprimer leur honte et il n'était pas anormal que leur expression prenne la forme de ces manifestations de rue.Cela jeta un froid dans l'atmosphère de ce diner et le haut
fonctionnaire, sorti du moule sécurisant de sciences po et de l'ENA conçut une vive inimitié envers ce petit médecin prétentieux ce qui allait attiser les braises du drame qui se tramait
Mme Kahnn qui était passée maître dans l'art d'apaiser ce genre de situation changea rapidement de sujet, mais un deuxième élément de la tragédie était en place.