Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

commentaires de l'actualité, de l'histoire et de mes livres

Publicité

DELIRE

La soirée était douce, un léger vent du sud dispersait les parfums des alentours où dominaient les fragances des jasmins plantés autour de l'étang, mais le romarin et le thym mitigeaient les effluves. L'eau refletait les éclairages et la lune se mirait changeant de profil au gré des risées. Pour ce concert en plein air les spectateurs s'étaient parés de leurs habits de soirée en accord avec les tenues des musiciens de tous âges qui composaient l'orchestre. Ils étaient des habitués de ces festivals du sud, se connaissaient pour la plupart, se saluaient, faisaient des baise-mains, des courbettes, conversaient sentencieusement sur le programme, chacun cherchant à impressionner par ses connaissances ; ils jouaient ainsi le rôle qui leur était dévolu , ce qui ne manqua pas d'amuser Tian, le petit homme du cinquième rang, qui à première vue ne connaissaii personne. Il était pourtant vêtu comme les autres , en complet veston sombre, chemise blanche, boutons de manchettes or et agate; seule sa cravate détonnait quelque peu car il en ressortait une fluorescence bleutée tout à fait inhabituelle, qui donnait à son ovale étroit un aspect fantomatique. Les premières mesures d'accord rétablit le silence, et l'orchestre entama vigoureusement le premier morceau. Gamborowski  , dans son costume gris , très classique sauta sur sa première note pour commencer son récItal. Ses doigts qui auraient pu paraitre patauds tant ils semblaient longs et lourds , declinaient son poème symphonique avec une agilité , une précision, ue sensibilité que son aspect quelque peu trapu n'aurait pu laisser deviner. Il s'adressait aux profondeurs de la terre, aux ames qui n'avaient pas eu la chance de s'envoler, aux entrailles entrelacées de tous les êtres, puis remontait en quelques notes nous effleurer la peau, nous troubler les esprits, nous dicter la réflexion, exacerber nos vibrations,  enrichir notre sensibilité de perceptions inconnues.Chaque note ouvrait la porte d'une aventure individuelle, d'un cheminement, d'une randonnée au bord d'un précipice ou d'une promenade sur une plage paisible. Gamborowski était veritablement en état de grâce ce soir là et les applaudissements , les vivats,les bravo pleuvaient lorsqu'il réclama le silence , descendit de l'estrade et vint chercher respectueusement Tian; il  s'dressa à lui comme à un maître, le conduisit précautionneusement au piano. Pourtant c'était la première fois qu'il le voyait mais il savait qui il était. Lorsque Tian se mit à jouer les spectateurs furent frappés de stupeur, les notes qui sortaient du clavier étaient étranges, la musique totalement inconnue.Il s'adressait aux astres, à chacune des étoiles comme s'il les connaissait personnellement, il communiait avec l'univers, il chantait les louanges de la création. Chacun se sentit grandir, chacun sut qu'il était un être universel, il détacha de tous les petites mesquineries dissimulées. Ses doigts touchaient chaque note avec une profondeur, une sensibilité, un rythme , une harmonie, une dissonance, une variation qui engendraient une tonalité extraterrestre. La fin de son recital laissa les spectateurs  pantois, interloqués,abasourdis,comme interdits, seul Gamborowski se précipita vers lui pour lui baiser fébrilement les mains , il y avait dans ses yeux tant de respect et tant d'admiration.Alors Tian descendit, lentement les marches , fit quelques pas et disparut brusquement ...
Gamborowxki souriait, ses parents l'avaient trouvé bébé sur le pas de la porte de leur petit village, dans l'Oural. Il savait dorénavant d'où il venait..
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
tu as le don de décrire avec force détails poétiques .<br /> Mais pour parler musique je sais que peu échappent à son pouvoir .certaines chansons me donnent la chair de poule ,et certaines compositions clasiques me transportent vers des univers irréels !
Répondre
B
C'est beau ....... Jean
Répondre
F
quelle classe ! quel beau récit ! quelle écriture ! merci pour tout ! tous les deux, nous avons les mêmes valeurs, à bientôt gentleman ! bisous
Répondre