Bart avait du mal à se reveiller, à vrai dire il ne voulait pas se réveiller. Il avait l'impression d'être balloté par les vagues et ce balancement étaIt très agréable.Il avait
surtout toutes ces lumières, d'abord éblouissantes, elles s'étaient transformées en lanternes multicolores où le bleu dominait.Bart se réveilla brutalement, il rentra dans cette belle demeure,
éclatante propreté, avec des lustres partout , des canapés profonds , du velours aux fenêtres , ces grands escaliers aux rampes de fer forgé entrelacé. Mais ce sont les salles de bains nombreuses
avec ses robinets où coulait de l'eau chaude, ses baignoires où l'on pouvait s'étaler et ces chambres et leurs larges lits aux draps de soie dorée.Son père était là avec toute la bande; ils
jouaient de la guitare, et ses copains faisaient la rythmique. Il y avait sa mère, plus belle que jamais qui dansait le flamenco dans une robe neuve qu'il n'avait jamais eu l'occasion de
voir. Sa copine Hella vint vers lui et l'embrassa sur les joues, et Bart en devint instantanément amoureux. Pour la première fois de sa vie Bart se sentit à l'aise. C'est vrai que des galères sa
famille en avait eu sa dose. Partis de je ne sais trop où, ils avaient traversé l'Europe, accompagnés des mêmes insultes , du même mépris, du même sentiment de rejet.Ils avaient couché à la
belle étoile , dans des barraquements improvisés, dans des conditions d'insalubrité inhumaines; ils voulaient pourtant travailler mais toujours ce soupçon de chapardise qui les poursuivait étape
après etape.Alors pour survivre ils étaient devenus ce que l'on voulait qu'ils deviennent, mais la faim, la soif, le froid, continuaient à les ronger, à les détruire à petit feu. Les campements
étaient bondés et ils devaient souvent s'arréter sur le bord des routes. Les camions les rasaient , faisaient bouger leurs dortoirs improvisés , des salves d'injures leur étaient jétés.Bart se dit
que tout cela était terminé, que les sacrifices n'avaient pas été vains, que le bon dieu avait entendu leur prière et qu'il avait offert à ses parents la belle demeure qu'il était en
train de visiter.La fête battait son plein, les chants de joie remplissaient les lieux et les esprits, les lampes de noel clignotaient de mille feux, Hella était heureuse , elle s'était lavée,
parfumée pour venir le rejoindre, elle se mit à danser pour lui, élégante dans sa robe d'un rouge cinabre, les petites mains dessinaient un espace , une écriture, qu'il ne comprenait pas mais qui
lui disait des mots d'amour. Bart chavira de bonheur et il se rendormit.
Il n'y a plus rien à faire dit l'équipe des urgences qui s'affairait autour de lui. Une larme coula de l'oeil de la plus jeune des infirmières. Le petit gitan heurté par le camion, cette nuit
, venait de décéder....