Tit Toto a sans doute était le plus enigmatique de mes oncles; il était l'avant dernier de la famille et peut être le moins bavard; quand je l'ai connu , il était infirme
et boitait bien bas. Il passait des journées entières sur le perron de la maison de Tan Ma, et ne sortait quasiment jamais. Les visites se faisaient souvent nombreuses car tous les passants le
connaisaient et s'arrétaient pour une causette. Il ne se mettait en colère que pour la politique car comme la plupart de mes oncles maternels il était communiste et le faisait savoir en toute
occasion.Ainsi les prises de bec avec Romuald l'époux de la soeur de lait de ma mère pouvaient être piquantes mais ne dépassaient jamais de la vive dispute qu'un apéro calmait très
rapidement. Ses propos les plus sévères il les réservait à Pourtout , ce fonctionnaire des douanes, parent de ma tante Menmense, dont on avait la visite presque tous les soirs et qui s'éternisait
chez Tan Ma en parlant de tout et de rien. Nous faisions tout pour écourter sa visite, en particulier nous lui jettions du sel aux pieds, ce rituel étant sensé précipiter son départ mais rien n'y
faisait. Un soir , alors que sa conversation s'allongeait sur son dernier prolapsus anal , Totto lui fit une énorme sortie , lui signifiant que tels propos étaient malvenus devant des enfants et
que son anus ne concernait que lui . Pourtout resta quelque temps avant de se repointer.Et cependantToto était un homme pacifique. Il passait son temps à confectionner des filets de pêche, il
travaillait sans relache et les maigres revenus qu'il en tirait il les reversait totalement à sa soeur qui l'hébergeait. Il s'avançait quelques fois sur le fort, pour nous regarder jouer au
football Totor et moi. Pour l'épater nous essayions de réaliser de veritables prouesses techniques , ce qui faisaient la joie des spectatrices.Toto mourrut relativement jeune mais il nous laissa le
souvenir d'un homme foncièrement bon et dont la convivialité, malgré l'adversité, ne se démentit jamais. Il participa jusqu'au derneir moment à ces repas de fin d'année où l'abondance des mets, des
convives et des blagues nous laissent encore du bonheur au fond nos coeurs . Ces soirs de fête oùl a nuit tombait brutalement, comme toujours sous les tropiques, nous offraient une
voute étoilée, qui en perpétuait les lampions , nuits que sonorisaientt le concert d'insectes de toutes sortes et les croassemeent des crapauds et des grenouilles, et où les lucioles servaient
d' erzats de feux d'artifices .