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CHRONIQUES DE LA ROUTE DU SOI (chapitre 26)

Je ne sais plus si je vous ai présenté ma mère ; j'ai du sûrement le faire en d'autres lieux, mais j'ai une telle émotion quand je l'évoque que souvent ma pudeur prend le dessus. Très tôt orpheline, dans sa toute petite enfance, elle a éte élevée par Maman Lala, dont je vous ai déja conté à la fois le caractère intransigeant dans les principes et le comportement ,on ne peut plus, bienveillant; grâce à son éducation très dirigée ma mère fit une carrière d'enseignante pour la terminer comme directrice d'école. Ce qui me frappa , quand je la découvris consciemment avec mes yeux d'enfant émerveillés, ce fut sa grande beauté; certes tous les enfants ont la plus belle maman du monde mais je vais essayer de vous faire partager mon ressenti avec la plus grande fidélité que me permet ma mémoire.Des cheveux noirs , longs et raides, qui coiffaient un ovale régulier , tendre et affable,une bouche sensuelle ourlée de lèvres à peine épaissies, un nez bien droit qui respirait l'énergie, de grands yeux sombres et marrons qu'encadraient des paupières légères aux interminables cils et aux sourcils fournis qui soulignaient le caractère déterminé.Ma mère n'était pas très grande, mais les membres étaient minces, les mains affectueuses, le buste généreux et une allure folle qui lui aurait valu bien des succès si ses enfants n'avaient constitué son unique préoccupation; j'énonce là une contre vérité car ma mère s'est occupé de bien de gens; ses soeurs, ses frères , des cousins et cousines qu'elle prenait pour les remettre dans le droit chemin et dont quelques uns ont habité la maison quelques fois pendant plusieurs années. Sa journée commençait à quatre heures du matin , par le café de mon père, café qu'elle préparait dans une cafetière manuelle, en versant de petites coulées séparées d'une minute ou deux , ce qui en faisait un nectar délicieux , fort à souhaits , le café étant cueilli dans nos caféiers,  décossé, grillé à la poèle et moulu au moment necessaire. Le rituel était habituel, venait ensuite le déjeuner, on ne peut plus copieux , où le lait n'occupait que la portion congrue, où les soupes, les salades de fruits , de légumes, de concombres et harengs saurs, de viandes en vinaigrette, de fritures de poissons , d'oursins grillés, de crustacés divers formaient une table achalandée où les couleurs se disputaient avec les saveurs. Tout cela peut paraitre extravagant de nos temps mais tous ces mets étaient des rations de pauvres , tous les produits étant locaux et se vendant à des prix plus que modiques; la suite de la journée comportait essentiellemnt le travail, le gouter et la surveillence de nos devoirs. Mais le vrai plaisir de ma mère était le marché . C'était heure d'allégresse, la voir se déplacer au milieu de ce désordre inommable, discuter jusqu'aux gros mots avec ses doudous à la langue bien pendue, voir son air de triomphe quand elle arrivait au prix qu'elle avait décidé, la voir rire, se régaler dans des discussions qui me paraissaient interminables, me faisait chaud au coeur. Je ne voudrais pas en terminer avec ce chapitre sans vous faire partager les odeurs épicées , les couleurs muticolores et des fruit et des légumes , les interpellations savoureuses des matrones tronant devant leurs étals, ces marchés étaient des spectacles vivants, un théatre où la vie éclatait en feux d'artifices. A SUIVRE CHAPITRE 27
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