Mon nombre d'oncles étant assez phénomènal pour distinguer ceux qui avait le même prénom , on faisait la part de l'âge et le moins agé se prénomait "ptit"; ainsi par exemple nous
avions deux oncles Paul, grand et ptit Paul, et deux oncles Toto grand et ptit Toto.Mais je me reserve le temps de vous parler de tous ceux là. Celui dont j'ai l'intention de vous entretenir c'est
Alexandre, je devrais dire Alexandre le grand car il était atteint de gigantisme.Au fait c'était un grand oncle , cousin germain de mes grands parents maternels, qui habitait un quartier très
surélevé de la ville, dans une maison modeste mais bien tenue où la vue sur la baie était tout simplement splendide; l'horizon transpirait de transparence et de luminosité, et s'accrochait à lui
derrière des maisonnettes que l'on appelerait maintenant des résidences de vacances tout un océan de verdure qui à cette époque étreignait la baie dans une geste amoureuse, en lui dédiant ses
teintes ondulant sous les Alizés et dont les reflets dans une eau émeraude, scintillaient sous l'éclat capricieux du soleil ; une véritable féerie kaleïdoscopique.Il fallait mériter ce
paysage; la grimpette était sportive, faite de marches et de palliers jusqu'au sommet du morne.Alors apparaissaient dans toute sa splendeur et toute sa majesté l'oncle Alexandre et sa toute timide
épouse. Il semblait monté sur des échasses, les jambes musclées et noueuses, les cuisses saillantes dans ce qu'il est communément courrant d'appeler un bermuda, , son buste n'en finissait pas
et ses membres supérieurs étaient démesurés. En levant la tête on découvrait un visage osseux , allongé, volontaire dont le regard adoucisssait l'aspect et dont les gestes bienveillants de
bienvenue achevaient de vous charmer. Il était deja âgé quand je l'ai connu mais il donnait une telle impression d'énergie contenue que les années ne semblaient pas avoir eu de prise sur le cours
de sa vie. Et pourtant que d'épreuves il avait eues à traverser. Cordonnier de son état, il était très vieille France, le vouvoiement était exigé de tous sauf des enfants en bas âge que nous étions
toujours. Mais tout son entourage familial s'était plié a cette exigence. Tous ses neveux et nièces, ses trois filles, tous ses amis le vouvoyaient. Une discipline qu'il s"était imposé à lui même ,
sans snobisme , uniquement pour le respect qu'il voulait imposer, comme pour chasser des miasmes qui avaient obscurci un passé récent fait d'humiliations et du bon vouloir des autres. Sa voix
portait une étonnante douceur, chacun de ses mot était rempli d'une sympathie que l'on sentait débordante,voix grave et lente qui évoluait dans une pensée refléchie, comme si tout ce
qu'il prononçait devait pénétrer son interlocuteur, comme si chaque parole charriait un monceau de sa vie. Ses filles étaient d'une beauté remarquable; la plus âgée , professeur de son état,
se fit nonne pour échapper à un chagrin d'amour,elle devait mourir d'un cancer du sein, la seconde , sans doute la plus belle avait une allure folle qui lui valu un succès masculin qui ne se
démentit jamais, la troisième, la moins éclatante eut sans doute la vie la plus heureuse dans un mariage d'amour qui ne fut jamais altéré. L'oncle Alexandre fut un personnage qui dans mon enfance
me fit une très belle et profonde impression. A SUIVRE CHAPITRE 25