Ma famille est une famille à tiroirs; si vous en tirez un, déplacez légèrement les premiers rangs et vous trouverez des oncles et des tantes qui ne se cachent même
pas mais qui attendent simplement que je vous fasse faire leur connaissance.Je vais donc commencer par mes oncles maternels , ceux des frères de ma mère que je ne vous ai
pas encore présentés. D'abord le plus bruyant , les plus iconoclaste, le plus insupportable, mais ausi le plus chaleureux et le plus optimiste, je veux parler de l''oncle Ernest; totalement
abstinent , je crois que je n'ai jamais vu; souvent à la limite de l'ivresse, souvent ivre et quelques fois ivre mort, il nous causait bien des soucis mais ne s'en faisait guère; il chantait à tue
tête, formant avec notre voisin fonctionnaire des contributions des duos infernaux mais rigolos qui ont attiré notre curiosité d'enfants tant leur attitude avait cette pointe de déconcertation pour
nos esprits habitués à une bienséance édictée: Ernest faisait l'objet de jugements sévères de la part de notre entourage familial mais nous on l'aimait bien; il nous apprenait des gros mots et il
avait sur les autres des jugements à l'emporte pièces mais dont la profondeur se révélait à l'usage; combien de fois nous avons du le rechercher dans les jardins potagers, entre deux plans
d'ignames et de choux dormant comme un bienheureux couvant un alcool joyeux dont l'abondance se lisait dans ses yeux clairs ouverts sur une luminosité qui perçait à travers des manguiers dressant
toute leur majesté , leur hauteur et leur ampleur dans un ciel parsemé de petits nuages denses et immobiles qui semblaient attendre son réveil. Il fut souvent conduit à l'hopital pour des états
alcooliques aigus et admonesté par la gendarmerie pour des petits larcins sans importance dont la réalisation semblait l'amuser car il n'avait aucun besoin, étant totalement dépendant de sa
famille et nous avons toujours pourvu à toutes ses nécessités.Il est mort un jour par hasard, pourquoi plus ce jour là qu'un autre, c'est le mystère de la vie et du destin. L'oncle Marcel
était d'un tout autre genre, non qu'il détestat l'alcool , mais il le réservait pour le week end; il exploitait la propriété, je devrais plutôt dire la campagne de nos grands parents maternels.
C'était un énorme travailleur; petit sec ayant les mêmes caractères ethniques que tous les autres frères, il avait des petits yeux rieurs et un humour du type pince sans rire qui faisait notre
bonheur; il vivait dans une chaumière de paille avec un minimum de confort, dormant sur une paillasse et se cuisinant lui même ses repas quand une maitresse épisodique ne lui prétait pas
main forte.; toutes sortes de légumes , de fruits, d'herbes à soupe peuplaient son territoire.Une végetation luxuriante et touffue où les arbres se haussaient les épaules pour dépasser le voisin,
où les verts jouaient de la nuance pour se distinguer, où les feuiles découpaient toutes sortes de figures pour se faire jalouser, c'était un espèce d'Eden où il ne manquait rien même pas le
serpent, le redoutable trigonocéphale dont les morsures étaient à cette époque toujours mortelles. Le vendredi soir on le voyait arriver au village sur son âne baté, les deux jambes écartées , il
arrivait comme zoro, sans se presser, avec dans ses sacs tout un assortiment de fruits et de légumes qu'il livrait à toute la famille pour notre consommation hebdomadaire.L'oncle Marcel
dormait deux jours chez Tan Ma avant de repartir pour sa campagne. Coment il passait le temps était mystérieux mais on savait qu'il aimait bien boire sans se saouler et qu'il eut le temps
de concevoir deux enfants Marie Clotilde et Georges dont nous ne connumes pas la mère. Toute la famille s'est réunie pour le mariage de Marie Clotilde où la fête fut tonitruante; quant à
Georges il fut garagiste chez notre oncle "petit Paul" dont le lien familial ne fut jamais bien défini mais qui fut pour nous un oncle plein de gentilesse et d'attention. Peut être aurais je
l'occasion de vous en reparler A SUIVRE CHAPITRE 24