Grimper à un cocotier n'est pas chose aisée; à califourchon, en position verticale, il faut vous aider des mains, des coudes, des pieds et des genoux en
mettant en jeu la puissance de vos cuisses et de vos bras; cela demande habileté et courage car l'arrivée dans les branchages est souvent un passage dangereux; cueuillir le fruit avec un couteau et
le laisser tomber sans le faire éclater est une affaire d'habitude, la redescente pouvant causer des brûlures si on n'y fait pas gaffe. Tous ses efforts pour boire du lait et pour déguster une
crème dès la cueuillette; couper un coco pour le boire et le fendre pour manger une partie du contenu est un art que seuls les plus forts d'entre nous avaient acquis.Je n'étais pas parmi les
meilleurs. Mais cette activité faisait partie des mille et une occasions de rencontrer notre bande de copains. Momo était parmi les plus agés.Il habitait une maison à étage et son père en dehors de
son métier de transporteur était un petit propriétaire terrien, qui possédait quelques bovins et quelques ovins qu'il laissait paître dans la journée,mais qu'il fallait rentrer le soir par peur des
chiens errants qui pouvaient tuer quelques bêtes. L'abreuvoir était une grande mare dans le quartier de l'école de filles, où nous pouvions contempler toutes sortes de libellules, de demoiselles de
toutes couleurs, de tétards, de grenouilles et de crapauds dont je n'ai jamais supporté l'aspect mais que je respectais car dans ma petite enfance ma mère m'avait lu dans "lisette", l'histoire d'un
prince qu'une sorcière avait transformé en crapaud. La mare évoquait "la mare au diable" qui faisait partie de la collection verte que nous dévorions des heures entières, couchés sur le ventre,
apuyés sur nos coudes et rien n'arrivait à nous distraire tant que le livre n'était pas achevé. C'est ainsi que je fis l'acquisition de la lecture rapide. Rentrer les animaux faisait partie de nos
occupations ludiques. Nous les faisions tranquillement quand nos pères étaient présents, mais dès leur départ pour le cercle, nous pouvions entamer la course de chèvres: au bout d'une corde, ces
boucs retifs et agressifs devaient courir juqu'au sous sol du tribunal qui jouait le rôle de bergerie et qui abritait aussi une colonie de chauve- souris; la course prenait des allures effrénées et
je dois avouer que je ne me débrouillais pas trop mal; à ce train là les boucs ne grossissaient pas trop vite, ce qui leur permettait de vivre un peu plus longtemps car ils étaient uniquement
élevés pour leur chair.Hubert faisait évidemment partie de notre bande ; avec son ami Thomas il fut sans doute le plus déluré; c'était un "voyeur" de premier ordre, il connaissait les lieux de
rencontre de tous les amoureux, et s'approcher d'eux le plus près possible pour contempler leurs ébats le comblait d'aise; il nous a fait partager sa science et est devenu un des plus
grands"coureurs" devant l'éternel.L'éternel, il le rejoint bien jeune, car après une courte carrière d'instituteur, il mourrut d'un cancer qui l'emporta rapidement. Thomas est mort lui aussi mais
je n'ai jamais su de quoi.Ils avaient été élevés tous les deux par une petite épicière que l'on nommait "gros bonda" à cause de l'énormité de son postérieur; plus gentille qu'elle il n'y
en eu pas car elle nous offrait régulièrement des bonbons, des "solibos", sortes de gos bonbons à la menthe et des patisseries salées et sucrées qui faisaient notre bonheur. A SUIVRE CHAPITRE VINGT
ET UN