Mon village de naissance n'a rien à voir avec celui qui lui a succédé; je ne porterais aucun jugement sur ce dernier mais j'essaierai de vous faire passer la nostalgie que je
ressens. Passionnant est le terme qui me vient aux lèvres, passionant par sa structure, par ses habitants, par les relations humaines qui s'établissaient spontanément, par la beauté de son cadre,
par les differents points de vues qu'il nous offrait, par la mer étalée à ses pieds , qui variaIt ses teintes de bleu et de vert avec l'ennuagement et son
ensoleillement. Mon village se décline en longueur, la voie principale qui allait de la place de l'église au carrefour des routes des communes voisines, l'une sur la caraïbe,
l'autre sur l'océan. Mon village se décline par quartiers du bord de mer aux quartiers du bourg , de l'école des garçons à l'école des filles , de l'usine à sucre à la salle paroissiale, des
quartiers du centre à ceux de la périphérie, des quartiers cossus aux quartiers les plus pauvres, de la place du marché couvert à celle de l'embranchement. Mon village se décrit en mornes et en
campagnes aux noms pittoreques et fleuris que mon itinéraire vous fera connaitre.Le bord de mer était long de six cent mètres environs, il partait de la zone de mangrove au
sud ouest à la zone de l'usine un peu plus au nord. Il comportait deux zones d'accostage de gommiers , petits bateaux de pêche extrèmement résistants même aux gros temps; leur propulsion était
essentiellemnt la voile. Les courses de gommiers étaient très spectaculaires et chacun d'eux étaient pourvus de voiles distinctives pour permettre aux spectateurs de les reconnaitre même au large.
Les paris allaient bon train et les rivalités féroces . Mais c'est la pêche qui faisait vivre les patrons et les matelots. Ces gommiers appartenaient à des familles nombreuses qui formaient les
équipages. La péche se faisait à la ligne , pour les plus gros poissons ce qui demandait un déploiement de force assez intensif car aucune démultiplication n'était en service; la relève des
nasses posées la veille avec des repaires précis relevait de l'équilibrisme et de la musculature car les cages étaient à plusieurs dizaines de mètres de profondeur ; puis il y avait la
"senne" sorte de long filet que l'on déployait à une centaine de mètre en demi cercle et que l'on tirait de la plage; tous les occupants de celle ci étaient invités à cet exercice que l'on rythmait
par des encouragements brefs et recevaient en récompense quelques poissons. L'arrivée des pêcheurs s'annoncait par une corne de lambi, et s'installait alors une joyeuse pagaille bruyante et colorée
où chacun jouait des coudes et de son influence pour accéder aux poissons qu'il désirait.Le sel blanchissait la peau noire et luisante des
musculeux professionnels. Ce qui restait des premières ventes était alloué aux marchandes de poissons qui allaient de porte à porte pour écouler leur marchandise, étalées dans de
larges paniers ronds posés sur leur tête et signalant leur passages par des phrases qui ne manquaient ni d'humour ni de piquant. Les pêches très abondantes de "coulirous" nous valaient des
fritures croquantes et pimentées dont le souvenir n'est pas effacé. Je ne voudrais pas quitter le bord de mer sans vous signaler la "pétrolette" petit navire de transport de passagers et de
marchandises qui constitua le premier moyen de laison entre le village et la ville , transport omnibus qui s'arrétait dans toutes les communes du littoral et qui fut vite supplée par les autobus;
c'était pourtant très agréable par temps calme, mais inaccessible par grosse mer. Le bord de mer était le poumon du village et la traversée de la baie donnait accès aux plus belle plages de
l'ile ASUIVRE CHAPITRE 20