La magie a baigné l'atmosphère de ma première enfance. La magie a pour origine le caractère très campagnard de notre société, sans doute aussi les effluves de l'esclavage, la magie
étant pour ceux qui y étaient soumis la seule force de vengeance qu'ils pouvaient invoquer.Qui a assisté à une cérémonie vaudou ne peut qu' être frappé par les convictions des participants,
cette forme de foi allant jusqu'à des transes prolongées et des états quasi comateux.Cette écume d'esclavage se manifeste dans tout un folklore pseudo guerrier dont les fêtes foraines sont les
témoins, dans des danses nocturnes particulièrement inquiétantes.Je dois avouer que le garçon que j'étais se trouvait à l'aise dans cette ambiance où je fusionnais avec des forces telluriques et
des forces secrètes de l'univers, qui m'ont toujours parues familières.Magie, quimbois, histoire fantastatiques , sorts, poupées piquées, transmissions de pensée , vains essais de téléportation
étaient parties prenantes de nos conciliabules entre copains et nous avions juré d'essayer de comprendre un jour ces phénomènes.Pour le scientifique que je suis devenu, dans le seul but de
comprendre l'univers du plus petit au plus grand objet de notre environnement, il n'est pas incongru de laisser le paranormal me lécher l'esprit en essayant de le percer.La seule force obscure qui
ne m'ait pas pénétré est la psychanalyse à laquelle ma forme d'intelligence est totalement réfractaire : trop d'escroqueries ont été commises en son nom: je ne lui reconnais qu'une seule fonction
:la suggestion. Donc de la magie on en voyait les stigmates un peu partout . Deux ou trois fois par an il y avait au village des fêtes foraines , avec des manèges de chevaux de bois, musiques dans
des rythmes déchainés, jazz rustique mais solide, courses de yoles où les acrobaties de ceux qui étaient au contrepoids demandaient une force physique peu commune, grigris et
amulettes embarqués, bals populaires , danses guerrières, jeux d'argent divers, femmes et jeunes filles endimanchées, rhum coulant à flot , sodas , bonbons, sucre d'orge, et toujours
histoires fantastiques. Mais le moment que nous préférions étaient les courses. Il y avait d'abord les courses à pieds , sur un parcours immuable de deux kilomètres, courses par catégories d'âge où
malgré l'interdit de mon père j'y participais une fois pour terminer deuxième. Puis venait le clou de la fête, enfin pour nous, les courses de chevaux. Car nous attendions le"coolie"; les coolies
étant des iliens d'origine indienne qui avaitent abouti là de la même manière que la majorité des habitants. Car le coolie gagnait toujours quelque soit la monture; il commençait par
gagner la course d'ânes, puis il gagnait la course de chevaux, les suppositions allaient bon train sur ses supposés pouvoirs secrets; un jour on nous annonça un autre grand sorcier dans la course,
plus fort que le coolie; en effet pour la première fois depuis plusieurs années le coolie ne gagna pas la course d'anes; il était tombé; et tout le monde de se gargariser sur les pouvoirs du
nouveau venu. Arriva la course de chevaux, et là, se produisirent deux phénomènes, la victoire du coolie blessé lors de sa chûte précédente et l'arrivée ensanglantée du nouveau venu qui
lui aussi était tombé.Je vous laisse le soin d'imaginer les commentaires qui suivirent . A SUIVRE CHAPITRE 19