Momo était un de mes voisins immédiats. Il avait un grand frère Raymond qui deviendra un personnage et un don juan attitré de la localité. Leurs parents possédaient une petite
entreprise de transport en commun avec un seul autobus qui reliait quotidiennement notre village à la ville . Il faut dire qu'il s'agissait là d'une véritable expédition. Franchir les soixante
kilomètres prenait environs trois heures, certains tronçons de route n'étant pas goudronnés, les crevaisons étant fréquentes et les haltes pour embarquer les habitants d'autres lieux dits faisant
partie du programme. Les toits de ce vieil autobus débordaient de marchandises diverses et il n'était pas rare de devoir s'arréter à cause de leur chute. A quatre heures du matin , la nuit
finissait de s'évanouir, nos yeux embués de sommeil, les étoiles clignotant encore dans un ciel souvent chargé,le déjeuner avalé à toute vitesse , nous avions souvent le privilège de prendre
l'autobus parmi les premiers; ayant le loisir de choisir nos places, nous nous installions le plus confortablement posssible.Il le fallait, car au village il y avait deux autobus, donc deux patrons
chauffeurs, dont la rivalité était notoire, sans inimitié particulière.Une fois fini l'embarquement, la course pouvait commencer; ce serait à qui arriverait le premier dans les stations, ce qui
voulait dire raffler marchandises et passagers, et faire la course en tête pouvait rapporter un peu plus mais pas grand chose. Mais l'honneur était en jeu y compris le notre car nous faisions cause
commune avec notre chauffeur. Je ne vous parle des plaisanteries, des blagues, des pseudo injures qui abondaient dans notre carlingue. On apprenait de tout pendant le voyage, les apostrophes
fusaient, les disputes quelques fois mais rarement furieuses, habitants du bourg et des campagnes étant mélangés à cette occasion, ce qui donnait lieu à des retrouvailles bruyantes, à des propos
colorés, à des interpellations de toutes sortes entre des gens souvent à des places très éloignées.Il y avait aussi ces tentatives des deux protagonistes pour se doubler et les manoeuvres faisaient
passer un frisson de peur en chacun d'entre nous. A la première crevaison, les rivalités faisaient une courte pause et chacun des occupants des deux cars donnait un coup de mains pour abréger
l'incident; puis la course reprenait de plus belle jusqu'à l'arrivée dans la ville autour de huit heures du matin. La Levée est un gare routière , proche de la gare maritime, au pied d'un fort
militaire, gardien de la baie où accostaient des navires de touristes et tous les navires militaires aussi bien français qu'américains. A SUIVRE CHAPITRE 18