Totor est mon cousin germain; il est le fils de mon oncle Felix, un des nombreux frère de ma mère,et de son épouse Janny qui habitaient une humble maison en bois dans le bourg, dans
une des rues en pente particulèrement raide aussi bien à descendre qu'à monter. Félix était un petit homme , de peau blanche, aux cheveux bruns, musculeux, sec ,dont le métier était la menuiserie.
C'était une profession de bon rapport car en ces temps là tout le monde se faisait fabriquer des meubles, les magasins d'ameublement nous étant inconnus. Je me souviens d'après midi entiers où je
le regardais se servir avec habileté de sa scie égoïne dont il parlait toujours du chemin, des différents rabots , de ses ciseaux à bois avec lesquels il scultait les reliefs, tout en crachotant de
courtes phrases par une petite bouche surmontée d'une moustache qu'un autre a rendu célèbre , hélas.Félix devait décéder en mon absence, d'un cancer dont on dit maintenant que c'est une maladie
professionnelle.Janny qui vit toujours, à plus de cent ans, a eu le malheur de perdre plusieurs de ses enfants dont l'ainée Zizi qui fut pendant plusieurs années ma compagne d'études et de
loisirs pendant mes premières années de lycée; on a parlé d'hémorragie cérébrale et sa mort fut pour moi un triste rappel de ces années d'un bonheur insouciant , où ma grande soeur, Zizi et moi
nous partagions nos repas du soir à la table de ma tante Memmense. Je ne sais ce qu'est devenu Totor , car comme beaucoup il a disparu en France,ou il était devenu facteur dans la
région parisienne. Et pourtant, nous avions tout partagé pendant notre première enfance; il était plus âgé de deux ans, plus fort, plus habile; il était un "chabin" typique, peau claire ambrée,
cheveux blonds crépus, yeux verts clairs dans de larges orbites que bordaient des sourcils épais, lèvres discrètement négroïdes, il avait la parcimonie des mots de son père, et l'éclatante beauté
de sa mère. Nous étions inséparables, lui le grand frère, dépositaire de l'autorité pour choisir nos loisirs , nos jeux et nos aventures , au grand dam de mon père, car des bétises nous
n'en manquions jamais une ; foot ball, pêche, cervolants, pièges à crabes, cueuillette de fruits, chasse au lance pierres, course de voiliers fabriqués à l'aide d'écorce de noix de
cocos, concours de camions du même accabit, les roues étant taillés dans les bobines en bois de fil à coudre; mais notre jeu préféré était d'attendre les GMC récupérés de l'armée qui
transportaient la canne à sucre des champs à l'usine, qui ralentissaient dans la pente de l'école des filles et que l'on poursuivait pour arracher des tronçons de cannes à sucre dont on avait l'art
d'épucher au couteau pour les déguster sur le champs.Totor et moi nous étions devenus de véritables experts.Totor était un inégalable guide dans les mornes, les sentiers de la forêt de "tit
bombes", de nos ballades nocturnes dont on revenait pour recevoir la fessée attendue. A SUIVRE CHAPITRE 16