Le fort fut notre jardin de jeux principal; il s'agissait, comme son nom le dit, d'un fort ayant servi, pendant la période de guerre avec les anglais, à défendre la baie qui était un
abri important pour tous les navires. La baie était ce qu'on appelait un "trou à cyclone" voulant dire par la que même en cas de cyclone les navires étaient protégés.Le fort était une zone
surélevée à deux niveaux. L'un totalement aplani servait de terrain de foot ball et abritait aussi le tribunal local. L'autre plus haut restait théoriquement une zone militaire mais servait surtout
de terrain d'aventures pour tous adultes et enfants. Au sud on descendait une pente assez raide pour arriver au bord de mer , à l'est par une pente plus douce on parvenait à la mangrove , zone
marecageuse ou l'on posait nos "crabières" pour attraper les crustacés que l'on faisait dégorger pendant un temps certain et que l'on dégustait à Paques ou à la Pentecote, dans nos sorties
familiales à la mer ,avec du riz assaisonné d'une sauce relevée que mes parents préparaient avec beaucoup de soins. Ce met était toujours précedé d'un "paté en pot" sorte de soupe épaisse
comportant du mouton et ses abats, coupés en très fins petits morceaux avec capres et épices divers qui lui enlevaient tout gout sauvage et qui en faisaient une délectation. Le tout arrosé de
rhum, de boissons diverses, de lait de coco, et toujours précédé par le traditionnel ptit punch ou du vermouth qui était réservé à cette occasion.Ses sorties en plage où toute la famille se
réunissait se faisaient d'abord en autobus, les routes, à cette époque, étaient particulièrement délabrées et les voitures particulières rares. C'était des fiestas extraordinaires où l'alcool
coulait à flot dans une atmosphère bon enfant ,où les pécheurs nous ramenaient leurs prises pour compléter notre repas, poissons, langoustes et lambis que nous faisions griller à même la plage, et
qui étaient servis avec une "sauce chien", sauce faite d'eau , d'oignons et d'epices locales. Ces repas étaient donc gargantuesques, et il duraient toute l'après midi dans une atmosphère de chants,
de joie et de délires et y étaient invités tous ceux qui passaient par là Tous ceux qui ont connu ces repas les gardent indéfiniment dans leur mémoire. Le soir avant de s'en aller on mangeait
du "jambon de noel" jambon entier, qui était protégé par un revêtement goudronné et que l'on faisait cuire pour l'occasion.Il y avait aussi les palourdes pêchées dans la journée des accras de
morue ,des concombres aux harengs saurs, des salades diverses, des desserts à ne plus en finir tous préparés par la famille et servis ces jours là.Le retour était laborieux et tout le monde
couchait dans les maisons de la famille, ou sur des lits de camps ou à même le sol, personne ne se souciant d'un plus grand confort tant leur état les propulsait dans le sommeil. Les participant à
ces sorties s'amenuisaient au fur et à mesure des départs pour la "métropole" pour des études ou pour du travail, mais elles se sont perpétuées jusqu'à la mort de mes parents, car après ce ne fut
jamais la même chose. A SUIVRE CHAPITRE 15