Marie est décédée cette année, de cancers multiples après un long processus. Marie faisait partie de cette génération de cousins, plus âgés d'une quinzaine d'années. Elle était la
fille de Clémence, l'ainée des frères et soeurs de ma mère. Clémence ,une femme très douce, à la voix caressante, qui a porté le deuil de son mari toute sa vie. Elle occupait un emploi de
cadre moyen à la poste centrale. Mais elle conservera jusqu'à sa mort une autorité naturelle sur tout le clan familial. Le mercredi était jour de réunion, où oncles et tantes descendaient en Ville,
et tout ce petit monde se retrouvait chez Clémence pour déjeuner. Quelle ambiance! ça se disputait, racontait des blagues, discutait politique, s'engueulait, se prétait quelque argent pour finir le
mois et toujours avec la bienveillance attention de Clémence, qui veillait à ce que la situation ne dégénère jamais. Elle avait épousé, un homme que je connus pas , mort d'un alcoolisme chronique
et qui laissa à ses fils cet épouvantable atavisme. La solidarité familiale extraordinaire fut aussi notre héritage et je suis persuadé que Clémence en fut le ferment le plus actif. Tous ses
fils moururent des suites de leur intempérance mais tous ont rempli leur rôle dans la chaîne de solidarité.Edgard le cadet de la famille , doué pour à peu près tout , faisait l'objet de notre
admiration pour ses démonstrations d'équilibrisme à velo.
Marie était une très belle jeune femme, qui faisait chavirer bien des coeurs,; tous lui courraient apès, quelques uns la rattrapèrent. De peau mâte, les yeux d'un clair "rivage", les cheveux
chatains , elle a été la reine de sa génération; cette femme que l'on disait frivole a donné à ses enfants le goût des études et l'ambition nécessaires pour avoir des métiers valorisants. Marie fut
une espèce de très grande soeur, qui m'emmenait partout dès que j'en ai eu l'âge, et je profitais des poitrines de ses copines pour faire semblant de sommeiller. Je ne parle parle pas des bringues
du carnaval; où dans un déferlement de couleurs et de sons, de danses et de contorsions nous défilions toute l'après midi embrassant et enlaçant qui nous voulions. Je ne parle pas de ces sorties
collectives à la mer, dont la première et dernière étapes se passaient à la maison et qui voyaient tous ces jeunes gens prendre la vie à bras le corps dans un océan de joies simples et de plaisirs
où l'ambiguité n'était pas absente. Marie est décédée cette année et la dernière fois que l'ai revue, elle était mourante, elle toussait à fendre le coeur mais elle avait conservé sa bonne
humeur pour nous raconter toutes ces frasques. à suivre chapitre7