Le premier drame de ma vie, en tout cas le premier que j'ai gardé en mémoire, fut la mort de mon oncle George, le frère de mon père.Ce fut d'ailleurs la première fois que je l vis
pleurermon père. Toutes ces visites, toutes ces larmes avaient quelque chose de tout à fait mystérieux, ces allées et venues, ces voix basses, ces regards perdus et la cravate noire dont mon père
ne se défit jamais. J'ai encore l'épingle en or qui ne la quittait pas.Cette mort fut l'occasion d'un clash entre mon père et tante Henriette et mon père ne la revit jamais jusqu'à sa
disparition.Nous habitions pourtant sous le même toit.Quant à l'ombre, elle s'évanouit, comme elle avait vécu, dans la plus grande discrétion; la mort de son fils l'avait définitivement terrassée.
Je sus , par la suite , que ma vie n'avait tenu qu'à un fil, ayant été victime d'une pneumonie dès le premier mois,; le dévouement des miens , toute la solidarité de la famille, avait fini
par me sauver. C'est d'ailleurs pourquoi, je me suis toujours considéré comme un survivant, qui arrachait du temps au temps et dont le dialogue avec l'existence a toujours été dense. Le bord
de mer fut le lieu de mes promenades solitaires et il demeure encore la caisse de résonnance de mon enfance.Mon père, dont la sévérité était une légende, dont les relations furent compliquées avec
mes deux soeurs cadettes,étaient professeur de mathématiques dans un cours complémentaire; ces derniers étaient une espèce de collège du pauvre, qui pourtant arrivaient à sortir des
élèves brillants , dont mon ami Henry, qui devint agrégé de maths, mon ami Yves qui fut professeur d'anathomie pathologique à la faculté de medecine de Montpellier ,
deux médecins et un pharmacien.Les moyens y étaient plutot chiches et y restaient ceux qui ne pouvaient poursuivre leurs études,faute de finances, dans le seul lycée de garçons du
département. J'ai pu , moi, y faire des études grâce à l'hospitalité de ma marraine, Emily, d'origine caraïbo-anglaise où je rencontrais pour la première fois la coutume du thé, en famille.Je
n'étais d'ailleurs pas le seul hôte de la maison, une filleule plus agée,Srelie, y régnait en maitresse , montant Emily contre son époux, caricature, de l'anglais Trinidadien, portant toujours des
costumes trois pièces, par une chaleur tropicale. Ce qui me frappait en plus c'était ses chaussures élegantes, toujours parfaitement cirées, pointues comme on les faisaient à l'époque et qui
étaient causes de cors dont il souffrait avec stoïcisme. Ma famille trinidadienne je devais la rencontrer un peu plus tard sous la forme d'un oncle et de ses multiples enfants dont la gouaille et
la joie de vivre étaient la caractéristique. De temps en temps des orages subits s'abattaient entre Emily et Papy , qui accusait Strelie d'en être la cause.Emily et Papy devaient mourir très agés,
dans une ferme angevine, où leur fille et ses enfants s'étaient réfugiés à la mort de son mari. àsuivre chapitre 6