Pourquoi ai je retenu le nom de ma première institutrice Melle Lafaille, peut être à cause de cette rentrée ou je me souviens de mes pleurs pendant toute une matinée.J'avais trois
ans et quelques mois et la maternelle n'existait pas. Pour la première fois je me retrouvais privé d'un entourage rassurant : mon pére , ma mère et Betty notre servante , à qui nous
étions confiés tout le jour; mes parents travaillant tous les deux, et j'étais totalement perdu. Cette matinée mémorable fut la seule qui vit mes pleurs. Ma mère, le midi, me dit simplement , tu
verras l'école est quelque chose de merveilleux et je sais que tu aimeras.Quelques uns d'entre vous peuvent douter de cette mémoire, mais je crois que je n'ai rien oublié de mon enfance. J'ai
appris l'heure très tôt; la naissance de ma soeur est présente à mon esprit comme un fait récent, j'avais pourtant quatre ans, mon cours élémentaire avec Mr Florent, l'agile joueur de foot
ball, qui avait épousé Claire, la fiancée de mon seul oncle paternel, capitaine en second d'un cargo coulé par un sous marin allemand, ma septième avec le terrible Mr Rousselin, la baguette à
la main qui tapait à la moindre faute d'orthographe; terrible mais efficace,ce monsieur, qui nous gardait deux heures après l'école pour nous apprendre la gammaire et toutes ses
exceptions. Mon examen d'entrée en sixième et ce devoir sur l'optimisme, où j'avais parlé d'un vélo. Tout cela est bien ancré dans un coin de mon cerveau, car c'était des moments joyeux qui
ressemblaient à toute ma première enfance. Betty sentait le souffre et nous faisait admirer une anatomie généreuse dans une impudeur totale. Ma mère nous fit découvrir le plaisir de la
lecture, l'apprentissage de l'orthographe et nous achetait journaux et livres chaque fois qu'elle en avait les moyens. La campagne , les collines, les riviéres étaient nos terrains de jeux. La
natation était naturelle et bientôt, à l'aide d'une vieille chambre à air, nous parcourions plusieurs centaines de mètres. La mer, symbole d'évasion, nous l'avons traversée dans tous les sens,
la mer et les filles de la mer, celles que nous rencontrions lors de nos baignades prolongées et qui nous offraient des premiers émois. Les filles ont gardé longtemps dans mon esprit le souvenir de
cette période où l'innocence de mes copines se disputaient avec la perversité de Betty .Je ne sais ce qu'elle est devenue Betty, mais elle peut dire qu'elle m'a marqué. Dans ce luxuriant jardin,
qui bordait notre maison,où les trigonocéphales n'étaient pas rares, la créature qu'était Betty était, sans doute la plus dangereuse. Mon père découvrit un jour ce manège et la mit à la porte , à
notre grand regret, celui de mon frère cadet et du mien. Ainsi va la vie qui allait se poursuivre aussi joyeuse, car mon univers était peuplé d'oncles, de tantes, de nombreux cousins qui ont eu une
influence certaine sur le cours de mon existence , dont l'époque, dont je vous parle, fait encore tinter les cloches de la nostalgie. à suivre chapitre.