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Candide n’a vraiment jamais été un militant, et les exclusions, écartements, disgrâces n’ont jamais eu de prise réelle sur son humeur, ni son comportement au point qu’il doute de leur réalité. Les vérités se sont succédées les unes aux autres à une vitesse telle que la vie d’un homme en a comporté de nombreuses. Le no man’s land qui sépare ses convictions des vérités révélées ou inculquées n’a fait que s’élargir au fil des années et la verticalité des savoirs et des pouvoirs n’a jamais provoqué, chez lui, une profonde adhésion. Car la vérité est si diverse et si changeante, si géographiquement différente que son approche doit être, à la fois, pragmatique et raisonnée. La culture, la science et l’expérience nous ouvrent les champs du possible et de l’atteignable et notre naissance, notre génétique et les limites de notre possibilité d’adaptation (épigénétique) referme le cercle de nos frontières intérieures. La vérité n’est ni détenue ni acquise, elle est une quête indéfinie et illimitée de l’universel ! Le scrupule doit être constitutif de son affirmation.
Candide doit reconnaitre que la vie politique actuelle a besoin de certitudes, qu’elle nécessite des convictions solides s’étayant sur le granit, couleur passe partout, de vérités répétées. Elle n’a pas besoin de complexité dubitative dans l’élaboration de la pensée, elle s’appuie surtout sur une « décomplexion », c'est-à-dire une libération de tout scrupule, de toute humanité, de toute limitation liée aux droits humains, au jugement moral et, l’on pourrait ajouter, à toute éthique politique et même à toute justice. Ainsi la droite décomplexée, débarrassée de tous ces oripeaux « droits de l’hommistes », de toutes les arguties de la justice pour tous, peut s’engager, sans scrupule, sur le chemin des expulsions, des condamnations, des discriminations, des injustices sociales, des chômages et des appauvrissements pour nous lancer du haut de sa chaire virtuelle sa morale partisane et son idéologie destructurante. Elle est incarnée par un homme dont l’ambition est la première vérité et cette ambition est totalement décomplexée. Une autre droite : la droite forte, pourtant portée par des jeunes hommes, a la vérité catégorique et promet l’enfer à ceux qui ne l’admettent pas, qui nient les racines religieuses de leur pays et qui ont le toupet, non seulement d’avoir des orientations sexuelles différentes de celles de la table de la loi, mais qui veulent prouver leur amour par une union.
Candide n’est pas un militant mais il a la conviction que le projet commun pour une nation, que le destin commun des peuples qui s’incarnent dans cette nation, passent par une tentative de compréhension des populations qui constituent ces peuples. Cette compréhension est le fruit de l’interpénétration des idées de chacun, par l’ouverture du champ des discussions, par la recherche tenace de consensus, par un objectif de justice sociale. Cette conviction a été le résultat de la synthèse du temps et de la pensée. Elle n’a jamais passé par la recherche de vérités indiscutables !