commentaires de l'actualité, de l'histoire et de mes livres
Maurice était le fils de la sœur de lait de ma mère. Quand je l’ai connu, c’était un véritable sauvageon qui échappait, totalement, à la maitrise de ses parents. Ma mère l’avait pris à la maison pour essayer de lui faire passer son certificat d’études. Les premières semaines furent un combat de tous instants, Maurice était le plus âgé des enfants de la maison et ses frasques faisaient de lui une sorte de héros dont nous rêvions d’imiter les exploits. A force de patience et de ténacité, ma mère réussit à le dompter et la joie qu’il eut à réussir son examen fut indescriptible. Il voua à ma mère une véritable reconnaissance. Puis Maurice reprit le cours de sa vie, s’engagea ans l’armée et s’en fut en Algérie. A son retour, il nous conta son expérience de militaire de carrière, et nous primes connaissance des atrocités, de part et d’autre, qui étaient commises sous l’euphémisme des évènements d’Algérie. Il faisait le bravache le jour, mais ses nuits étaient hantées de cauchemars particulièrement pénibles ; Candide eut l’occasion de soigner et de fréquenter un certain nombre de ces militaires qui tous souffraient de ces symptômes post traumatiques liés à cette guerre qui n’osait pas dire son nom, qui prirent de longues années à s’effacer.
La guerre d’Algérie a laissé de part et d’autre des blessures profondes que seul le temps pourra, un jour, cicatriser. Elle est la cause de ressentiments persistants liés à la guerre et ses atrocités et aux conditions de la paix. Les blessures mémorielles sont les plus douloureuses et les plus tenaces ; les scories sur l’imaginaire de ceux qui n’ont connu de ces évènements que ce que rapportent ou ont rapporté les médias, ont creusé un fossé entre les deux peuples et ce fossé est difficile à combler. Candide a participé aux manifestations estudiantines contre une guerre qu’il savait perdue d’avance ! Il y a connu un certain nombre de compagnons de route dont Guy Hermier futur député des Bouches du Rhône. Il a eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises Maurice Aleg, l’auteur de « La torture », qui fit un bruit médiatique important en son temps. Il a été l’ami et le soignant du Bachaga Boualem qui fut vice président de l’assemblée nationale et chef incontesté et respecté des harkis que nous avions réussis à soustraire du massacre. Il est entré dans les familles qui avaient conscience d’être des victimes de l’histoire qu’elles soient pied noirs ou harkis. Il n’a rencontré aucune personne qui soit prête à passer par-dessus les souvenirs de cette histoire. Le conflit est encore vivace dans les esprits et dans les chairs et les cicatrices sont grattées par un certain nombre d’irresponsables.
Le prochain voyage du Président de la République en Algérie sera scruté par une partie non négligeable de la population française. Ses propos seront soupesés, analysés, jugés en fonctions des opinions politiques de chacun. La repentance ne sera, sans doute, pas à l’ordre du jour mais la volonté de réconcilier les peuples et les esprits sera la préoccupation principale même si les problèmes économiques et culturels feront l’objet des discussions les plus visibles.