Le projet de loi Carle semble être totalement méconnu du grand public et pourtant ses ravages ne vont pas tarder à se manifester. Il s'agit, en fait, d'une véritable agression contre l'école
publique et laïque et j'ai déjà eu l'occasion de proclamer que la laïcité est un des principes fondateurs de la république.N'oublions pas, que la république fut affirmée contre le parti clérical
par une seule voix, mais combien salvatrice, au moment où se posait la question même de son existence. Le discours de Latran fut le premier jalon de l'offensive cléricale car il portait atteinte à
l'armistice scolaire en mettant en cause l'esprit même de nos enseignants et leur capacité à inculquer les valeurs à leurs élèves. Depuis l'offensive n'a cessé de se développer appuyée par une
droite de plus en plus décomplexée qui n'a de cesse de s'en prendre au moule républicain. La loi Carle fait donc partie du plan de déconstruction de l'édifice de l'école publique en faveur de
l'enseignement privé. Ce plan n'est en aucune façon un hasard car dès 2004, une réécriture de l'article 89 de la loi sur le financement de l'enseignement lui était largement favorable.
L'assouplissement de la carte scolaire fait partie de ce mouvement de fond en faveur du privé, car elle démolissait les digues qui permettait la mixité sociale. La loi Carle fait obligation aux
collectivités locales et aux municipalités, sous des conditions particulièrement laxistes et floues de financer les frais scolaires d'un enfant scolarisé dans une commune différente; ainsi on
pourrait voir une commune aux finances exsangues participer au financement d'un établissement de Neuilly. La vague de fond qui va du public au privé atteint maintenant l'école et met en
danger la laïcité. Car elle va favoriser les communautarismes, elle va conforter l'isolement social, elle va mettre des frontières protégeant les privilèges culturels d'une certaine
caste,elle va appauvrir l'enseignement public et laïque à un point de non retour, elle va mettre en question la cohésion sociale. Les idéologues forcenés du tout privé vont à l'encontre des valeurs
de la république et de l'adhésion des français à l'idée même d'une nation commune puisque cette idée est indissociable de la notion d'appartenance à un destin commun que l'on s'efforce, par cette
politique, de rendre invisible et incompréhensif pour une majorité de nos concitoyens