Nous l'avons tous dans notre tête, ce mur que nous heurtons quotidiennement, mur que la littérature et le cinéma ont su monter brique par brique,pierre par pierre dans nos entrailles
sanglantes des incompréhensions et des injustices, ce mur que nous côtoyons dans l'indifférence et les regards absents des terres allongées de misère, dans l'égoïsme affirmé de ceux qui ne
connaissent que leur reflet, dans les déserts de la bêtise des tatoués des morsures de l'immonde survivante, dans la cruauté de ceux qui enfoncent leur truelle dans la blessure infectée de ceux que
l'on a jetés aux requins; ma poésie stérile s'est gélifiée et je n'ai pas le talent des "tagueurs" pour colorier la grisaille des murs de la prison de l'inculture. Car l'inculture a inondé la
planète des esprits lors du dégel de la pensée. Ce fleuve qui charrie des monceaux de malheurs n'a pas d'estuaire ni de delta, il débouche sur la terre aride d'un avenir sans étoiles, sans soleil
et sans espérance. Alors on hurle à la mort, à la mort de l'autre, du plus démuni, de l'étranger, des infirmes de notre langue, des sourds de nos cris, de ceux dont les champs sont cultivés
autrement. Et les autres, à nous entendre hurler, hurlent eux aussi car on les étouffe , on les agresse, on les écrase, on les bannit, on ne leur laisse aucune place, aucun air pour respirer, on
les pousse au désespoir, on les déresponsabilise. Ne croyez pas que certains n'en sont pas conscients ; Panurge a toujours eu ses moutons et la flûte de ceux qui dirigent le désastre joue toujours
la même mélodie. L'économie mondiale est montée sur les rails de la déraison, elle va laisser sur les côtés de ses voies de plus en plus de chômeurs, de plus en plus en plus de malheureux que les
capitaines d'industrie vont qualifier de dommages collatéraux de la mondialisation et le désastre va s'intensifier quand ces dommages collatéraux vont enfoncer la tête sous l'eau de ceux qui n'ont
jamais eu l'occasion d'être des dommages car ils n'ont eu aucune chance de travailler, donc d'être licenciés. Ainsi naissent les révoltes urbaines, étapes ultimes des mises au ban, avec toute
l'autodestruction importée au sein de ceux qui en sont les acteurs et les victimes. Panurge criera à l'irresponsabilité, à la criminalisation de toute une frange de la population et les moutons
bêleront en coeur, attisés par leurs bouledogues, l'herbe n'ayant jamais été la nourriture préférée de la culture. Il y a vraiment de quoi se frapper la tête contre les murs.