Le diable doit hanter quelque nuage de mon subconscient car je ne saurais vous préciser les origines de cette expression,; oh non pas son origine historique que vous trouverez dans n'importe quel
moteur de recherche, mais l'origine de son errance dans le spectre de la transparence altérée des heures incertaines du présent. Je n'aurais pas la mauvaise foi d'affirmer que mon conscient
a trébuché et a imité l'absence de cohérence du discours présidentiel.J'ai une longue expérience de ces phrases péremptoires qui se poursuivent sans jamais se rejoindre et qui donnent à la
politique l'aspect de l'habit en lambeaux du vagabond poursuivi par un rottweiler. D'ailleurs si la curiosité malsaine du voyeur ne m'avait pas habité, je n'aurais pas suivi le crayon du
caricaturiste jusqu'à la fin de son oeuvre. Laissons donc à César le reflet qu'il s'est donné de lui même car il y a consacré temps et énergie. Il doit nicher en moi le goût de l'aventure
périlleuse et sans espoir car je n'ai nul besoin de convaincre même si je continue à entreprendre. Le diable doit y être pour quelque chose mais certainement pas cette charmante commune du gard
que je traversais régulièrement pendant mes années étudiantes. Si Vauvert me revient en mémoire, c'est que si le diable a su faire preuve de discrétion, j'ai rencontré dans la petite commune
voisine de Marsillargues de nombreux amis dont le souvenir continue à titiller mon imagination. Que sont devenus mes deux compères vendangeurs, du même âge que moi, réfugiés hongrois qui
avaient fui avec leur mère et dont le père, haut fonctionnaire d'état avait subi quelques représailles. Ils m'avaient appris le courage, la résistance, l'amitié désintéressée et le sens de la
solidarité. Nous prenions les vignes au forfait et les unes après les autres nous les vendangions et transportions le raisin à la coopérative qui possédaient alors les plus grandes caves
d'Europe. Ce n'était que du vin de coupage
mais la quantité était considérable et Marsillargues jouissait d'une réputation d'habitants accueillants et joyeux. Une belle brunette faisait office de tenancière du bar central et
préparait une fois ou deux en l'honneur de mes deux amis une sorte de goulash à sa façon, arrosé avec des Costières du Gard qui ont eu , heureusement pour eux, la volonté de s'améliorer
depuis ces temps antiques. Antiques car l'italien qui avait saisi l'occasion de la première guerre mondiale pour s'accaparer des vignes et des filles de ceux qui étaient morts pour la patrie se
voyait autant vilipendé que nos maghrébins d'aujourd'hui; on est toujours l'Abraham d'une époque. Mais dans ces vignes étaient réunis de nombreuses nationalités fuyant des régimes ou des sorts
funestes qui n'auraient , sans doute, plus droit aux indulgences coupables d'une époque heureuse. Avec femmes, enfants et maigres bagages notre transfuge les auraient envoyés "au diable
Vauvert".