Quand la lumière fuit, que le brouillard vous enfume, que la falaise ne se détache pas de la nuit, le faux pas dans l'abime semble inévitable.Un grand débat , de grande tenue, a eu lieu sur
le blog de Giher, sur le suicide en prison.
Il existe des philosophies différentes sur le rôle de la prison et sur sa finalité. J'ai eu l'occasion de discuter plusieurs fois avec les tenants de la thèse répressive et de la thèse réeducative.
Elles ne sont inconciliables que par les idéologies qui animent les acteurs d'une telle discussion. Pendant de longues années et c'est le sens de l'évolution des civilisations, la thèse de la
possible rédemption qui a nettement pris le pas sur sa rivale jusqu'à l'arrivée de l'actuelle équipe gouvernementale. La mutation qui s'est faite jour n'a pas seulement considéré les
prisonniers comme des êtres pervers mais elle a totalement revu l'analyse de la société française; sur prétexte de ne pas succomber à un certain angélisme, elle ne considère plus aucun crime et
délit comme dépendant des circonstances de la vie et d'un environnement malsain.Des peines planchers étonnamment démagogiques furent instituées et l'on a même créé une loi qui se passant de la loi
pouvait permettre de garder un criminel éternellement enfermé. Je suis de ceux qui considèrent qu'il s'agit là d'un recul de la civilisation et que l'on ne peut pas attendre d'une telle politique
des gestes d'humanité. Car on se suicide davantage dans les prisons françaises que partout en Europe. Les causes en sont connues: qualité inhumaine de l'hébergement, promiscuite
intenable,présence en prisons de malades mentaux graves non pris en charge par des équipes médicales adéquates etc . Il s'agit d'une population laissée à l'abandon que les organismes européens
et les directeurs de la santé de l'AP ont dénoncée avec vigueur mais sans résultats; Manet a raison quand elle dit que la problème ne date pas de maintenant mais la situation a nettement été
aggravée par la vision manichéenne de la société par l'équipe gouvernementale actuelle; on ne s'est jamais suicidé autant en France et pas seulement en prison. Il se suicide une personne en France
toutes les cinquante minutes et si l'alcoolisme persiste dans les causes possibles de ces suicides, la corrélation est étroite avec la solitude,le chômage, la précarité, la pression professionnelle
et le relâchement des liens familiaux et sociaux. On se suicide dans un état de misère morale, "parce qu'il est parfois plus difficile de vivre que de mourir, parce qu'une immense détresse
intérieure trouve son issue dans la fuite d'un environnement devenu intolérable" voila ce qui rapproche tous les suicides aussi bien en prison que dans la vie courante et ce n'est pas des solutions
en papiers de chiffons qui sont à la hauteur d'un problème si considérable. Peut être une politique de civilisation?