Tan Ma (Irma) était , sans doute, ma tante préférée.Il est vrai qu'elle habitait en face de chez nous et que c'est chez elle que nous nous réfugions en
toutes occasions; Le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle était grosse, une grande et large brune, d'un blanc laiteux tellement elle craignait le soleil, des jambes en proportions, quasiment
éléphantiasiques, à cause d'une monstrueuse insuffisance veineuse qui la contraignait à porter des bas malgré la chaleur écrasante.Sa vie était rythmée par sa foi, deux fois par jour à l'église
pour des messes basses ou vêpres, accompagnée par son amie Renée, dont la stature était identique . Dès son retour elle se mettait au service de ses frères et de ses neveux, nous cuisinant des
confitures, des beignets, les différents repas , des desserts très variés, les fritures de poissons, en ayant pour chacun quelques surprises qui nous comblaient de plaisir; elle avait toujours des
paroles de soutien, de consolation et de bienveillance et je ne l'ai jmais vue se mettre encolère. Le goûter était une cérémonie où elle nous préparait tout ce qui pouvait nous faire plaisir.Elle
habitait la maison familiale de ma mère, petite maison en bois couverte de tolle endulée, qui malgré le plafond isolé, restait étouffante; sa cuisine comportait differents foyers de charbon de bois
, que nous nommions "potins", où elle avait l'art d'y préparer la braise et où mijotaient des soupes , des sauces, des ragouts, et toutes sortes de court- bouillons dont les saveurs sont encore sur
ma langue.Le matin il nous arrivait de manger des petites langoustes au déjeuner, la langouste n'étant pas devenue le plat de luxe qu'il est actuellement. je n'en mange d'ailleurs quasiment
plus. Mais le plat que nous préferions c'était le "chadron" des centaines d'oursins cuit soit en "blaff" sorte de court- bouillon épicé et très aromatisé, soit en tête ou les coraux étaient
rassemblés dans une grande coquille et cuits dans des fours improvisés sur le lieu même de la pêche; les oursins, du fait de leur surpêche et de la modification des fonds marins liée au tourisme
ont presque totalement disparu. Je ne vous parle pas des confitures de Tan Ma, confitures de fruits exotiques, confitures d'oranges, de citrons,des gelées de goyaves, des fruits confits qu'elle
confectionnait toute l'année, des jus de fruits extrèmement variés, des "souscailles"fruits marinés dans des sauces très épicées, des liqueurs multiples à base de rhum,des sorbets faits avec une
sorbetière manuelle, du petit beurre de baratte que nous mangions avec un peu de sel, ses pissiettes , sortes de minuscules poissons dont le goût ressemble à celui des civelles. Tan Ma est restée
une légende sur laquelle je pourrais être inépuisable. A SUIVRE CHAPITRE 13