Je suis orphelin de mes deux parents depuis l'âge de quarante ans; ils sont morts à quelques mois d'intervalle.Je ne les ai vus vieillir que par
intermittence à cause de mon éloignement, de mon métier,de mon premier mariage qui fut un véritable fiasco et dont les seuls bons souvenirs sont mes enfants. Cet état d'orphelin accentua
ma tendance naturelle à l'isolement malgré la formidable présence de ma nouvelle épouse. Mon ile, mes copains d'enfance, mes amis de lycée et d'études supérieures ont toujours laissé un vide que je
n'ai pas totalement réussi à combler; se retrouver, si jeune à 7000 kms de chez soi, est une épreuve à laquelle j'ai fait face mais qui a laissé des traces profondes sur mon
caractère et mon comportement. Mon père était un homme généreux mais austère et la mort de son frère unique l'avait marqué de façon définitive. Ma mère était une grande dame qui avait pris la vie
dans le bon sens et qui s'était appuyée sur une solidarité familiale à toute épreuve, elle a été ma confidente de tout instant et mon soutien principal dans les épreuves que j'ai traversées. Elle
était la dernière d'une famille de douze enfants,dans cette famille de "petits blancs", avec des différences de teintes de peaux, de cheveux et de couleurs des yeux caractéristiques de ce groupe.
Aujourd'hui encore, l'énorme famille des descendants a ce trait en héritage. Sa mère était morte dans les toutes premières années de son enfance et elle avait été élevée par sa tante
maternelle maman Lala, directrice d'école, qui se fit toujours vouvoyer par ses enfants et son entourage. C'était une maitresse femme, qui avait des jugements catégoriques et des appréciations
caustiques; mais elle était la bonté même, maman Lala; elle habitait la maison contigue à la notre, son jardin était planté d'un sapotiller qui a fait le régal de notre première
enfance. Je l'ai connue, elle était déja très déclinante et ses dernières années d'existence, elle les passa à la maison où elle avait gardé toute sa dignité, son autorité et sa
bienveillance.C'était un personnage que j'appréciais beaucoup comme la plupart de ceux qui ont accompagné cette période de ma vie. Dans notre maison il n'y avait d'électricité que par
intermittences , à cause des nombreux délestages liés à l'insuffisance de production, il n'y avait pas d'eau courante et toutes les maisons en dur se paraient de citernes d'eau de
pluie impressionnantes pour le petit garcon que j'étais.Des enfants s'y noyaient. Il y avait ces nuits noires et précoces, peuplées de sons inquiétants, de lueurs vagabondes, d'histoires
abraccadabrantes que les adultes se racontaient et qui étaient sources de cauchemards enfantins. Il y avait surtout ce fracas terrifiant dans mes oreilles et dont je ne connus la signification
qu'à l'âge adulte: j'entendais battre mon coeur dans les oreilles à cause d'une petite malformation artérielle sans conséquence pour ma santé mais qui fut source de nombreuses interrogations. A
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