Je ne partage aucune des spéculations qui accompagnent la pseudo science de l'interprétation des rêves. Il y a de l'escroquerie à vouloir les expliquer; tout ce que la science en
sait c'est qu'il s'agit d'une stucturation du temps et que ce temps est du passé.Projeter l'avenir à travers des rêves est une impasse, mais il n'est pas interdit de se promener dans une impasse,
il y en a de si émouvantes.
Je vais donc vous amener dans deux de ces ruelles sans issue, dans deux des rêves répétitifs qui meublent mes quelques moments de sommeil et qui sont autant d'intrigues qui se prolongent depuis
plusieurs années.
Le premier est un voilier qui glisse sur un mer nocturne, dont les eaux d'un bleu nuit sont sûrement peuplées curieuses créatures, dont on entend vaguement les cris , à peine
surmontés par le grondement des vents qui gonflent les voiles et le vacarme de la coque qui grince et se rebelle et celui des gréements, plus metallique, moins menaçant. Je suis à la barre et
l'équipage est inquiet car la navigation sans instrument , sans visibilité, sans étoile, est difficile et alèatoire. On ne connait ni notre position ni notre destination, tout semble corrober que
nous sommes sur un bateau fantôme. Ce qui me frappe c'est mon absence d'inquiétude, ce qui est sûr c'est que je sais où je vais même si je n'en ai pas la moindre conscience. Le bateau continue
d'avancer , le cap est maintenu malgré les interrogations. Soudain, une terre se profile à l'horizon, les cris des créatures marines s'intensifient, comme si elles voulaient m'avertir d'un danger,
mais j'ai une conscience aigüe que là est le but du voyage ; je touche terre , lance l'ancre et me réveille.
Le deuxième est une immense maison, aux pièces obscures et nombreuses, aux escaliers tortueux, aux caves profondes, aux volets obstinément clos. Cette maison est la mienne, bien
qu'elle n'existe que dans mes rêves, je la connais comme le fond d'une poche sans sous, j'ai commencé à l'amenager avec d'étranges ouvriers muets, mais le travail avance et à chacun de mes rêves
une pièce est restaurée; mais la maison est gigantesque et je m'égare souvent dans un dédale de couloirs et un labyrinthe de portes débouchant sur des escaliers aveugles. Pourtant je finis toujours
par m'y reconnaitre, mes ouvriers me saluent bien bas avec la crainte de condamnés à perpétuité. Dois je vous avouer que j'attends à chaque bout de sommeil la suite de cette construction
mystérieuse qui semble conférer à cette tache le caractère de l'oeuvre de ma vie.
Deux rêves répétitifs et différents et à mes amis analystes de haute volée, je les ai racontés, sans obtenir la moindre explication. Deux rêves qui, à mon seul avis, traduisent la
difficulté d'être en soi et en dehors de soi; le choix , il est vrai n'est pas facile.