Par cette belle journée ensoleillée, la fête des pères se profilant à l'horizon, je ne peux m'empécher de songer à mon père.Oh, il n'est plus de ce monde depuis fort longtemps, lui qui dès mon plus
jeune âge m'avait fait intégrer la mort dans ma vie, lui l'athée impénitent, qui était charité et bonté, lui qui, malgré des appréciations sévères, était tellement fier de ses enfants, lui qui n'a
pas hésité à se priver de tout pour permettre à ses huit enfants de faire des études supérieures. Mais si les miens m'accompagnent partout, aujourdh'hui, ce qui vous vaut ces confidences c'est
le soleil.Un jour, alors que je trainassais au lit, il s'approcha et me dit :"le soleil va te bruler le nombril", lèves toi, laves toi, je vais t'emmener voir ton arrière grand père. Et nous voila
partis , sur la grand place où tronait la statue de mon ancêtre; je connaissais cette statue, mais je venais juste de maitriser la lecture et c'est le frontispice qu'il me fit lire:député
radical, qui était à cette époque le parti le plus à gauche, maire du chef lieu du département, engagé volontaire pour la guerre 14/18 à l'âge de 70 ans, tout cela n'était pas ce qui l'intéressait,
c'est la conclusion sur laquelle il s'apesantit " mort pauvre pour avoir tout donné" c'est ce qui était sa fierté et qui devint par la suite la notre. Mon père était enseignant, ma mère aussi,
nous avons vécu une des enfances les plus joyeuses qui soit, la famille, les amis, les ennemis politiques, tous se réunissaient chez nous, les discussions étaient des plus âpres, les facheries
nombreuses, mais nous y avons appris l'humilité et la tolérance, même si nos positions politiques étaient tranchées. Je pense que nous n'avons jamais trahi l'idéal que nous ont transmis nos
parents.