Qui cite Jean Jaures actuellement ? La récupération par la droite et son meneur de jeu de quelques unes de ses phrases sorties de leur contexte, ne rend pas hommage à ce grand homme, ce grand
socialiste et ce pacifique invétéré. Il y en a deux qu'elle hésiterait à citer "l'abondance est le fruit d'une bonne gestion" et "sans la république, le socialisme serait impuissant, sans le
socialisme la république serait vide" Moi je me contenterai, sans aucune pensée d'appropriation, de lui emprunter une de ses phrases les plus célèbres" il ne faut avoir aucun regret pour le
passé, aucun remord pour le présent et une confiance inébranlable pour l'avenir". Si vous livrez cette phrase en pâture, chacun y trouvera son compte et les imbéciles, eux mêmes, dans un
constant état de béatitude, se sentiront renforcés dans leur comportement. Et pourtant cette phrase implique un retour , quelques fois douloureux sur nous même, une introspection minutieuse, pour
revenir à un optimisme raisonnable et une vigoureuse réaction contre le découragement et le sentiment d'impuissance qui semblent s'abattre sur la société française. Il faut dire que ce sentiment
est soutenu par les commentaires de ceux qui passent pour de grands penseurs et qui ne sont, en réalité, que des pleureuses professionnelles. La dictature de l'idéologie du prêt à penser est telle
qu'elle a atteint, volontairement ou non,les couches les plus hautes de l'atmosphère politique. Et c'est pourquoi cette phrase de Jaurès est importante. Les regrets supposent une absence , un
manque, une marche manquée, seuls ceux qui ont livré volontairement notre pays au dévoiement de son modèle social peuvent avoir quelques regrets, les autres sont innocents de cette situation. Le
remord évoque un reproche à notre conscience, une défaillance de notre volonté, une faille dans notre système de pensée qui a conduit à une faute dont les autres subissent les conséquences. Que de
responsabilités diverses et graves nous mettrions sur notre personne, que d'orgueil nous nous attribuerions s'il nous effleuraient l'esprit de telles conséquences. Je reprendrais, ici, une
métaphore de Renard pour affirmer que nous sommes un grain de sable et qu'il en faudrait des milliards pour faire une Dune. Derrière la dune il y a l'immensité, l'espérance est cette immensité et
cette espérance ne doit jamais nous abandonner; non pas qu'il faille s'abandonner à l'espérance, mais entretenir cette flamme par un combat de tous les jours comme les gardiens du feu du premier
âge de l'humanité. Ces hommes sont des exemples à suivre: conserver la flamme est non seulement un devoir mais la condition même de la survie de l'humanité et pour être plus modeste de la
préservation de notre modèle social