"Je suis maître de moi comme de l'univers, je le suis. je veux l'être" les vers de Corneille dans Cinna tonnent dans le climat orageux de l'affaire "Clearstream". Car contrairement à ce
que l'on pourrait penser, à la faveur de mon introduction, ce procès n'est nullement un drame cornélien, car n'est pas Auguste qui veut et la magnanimité n'a rien de commun avec les crocs de
boucher, qui rappellent surtout une époque cruelle et peu ragoutante. D'autres hommes politiques français ont eu cette attitude honorable et se sont retirés de la partie civile. D'autres, en dépit
de leur triomphe et de leur position n'ont pas trouvé le chemin qui conduisait à l'auguste pardon. Il en est des hommes, comme des routes, qui sont plus ou moins éclairés et qui s'égarent dans les
circumvolutions tortueuses de l'instinct de vengeance plutôt que de suivre la voie rectiligne d'une maîtrise de soi. Alors ce procès, loin d'être un drame, cornélien ou pas, ressemblera plus à une
fable de La Fontaine "Le corbeau et le Renard" où l'on connait à la fois le corbeau et surtout le renard qui a emporté le fromage de la présidentielle en partie à cause de cette affaire douteuse où
un premier ministre rival a pu être écarté et où les autres ministres au courant de ces falsifications ne sont même point poursuivis. Les médias, suivant un plan bien orchestré, ont manifestement
amplifié le caractère politique de cette affaire, qui sur le plan judiciaire, n'est qu'une banale histoire de faussaires et de diffamateurs. Ils font jouer de toute la gamme des interprétations
pour faire de l'audience, mais ils vont surtout donner une image lamentable de la classe politique française jusque dans ses sommets les plus hauts. Les français, amateurs gourmands de ces procès
politiques, comme de Bel Canto, vont participer , avec un appétit féroce à ce festin. Je crains que le digestif soit incapable de diluer notre écoeurement. Et pendant que le table est dressée, la
crise va continuer à nous ronger la substance économique, à nous à nous aspirer les sucs de l'existence, à gonfler les humeurs d'un "antipolitisme", à nous rogner l'esprit et pousser quelques uns
des plus lucides à la dépression la plus sévère. Ainsi la traitrise aura fait oeuvre utile, elle aura servi ceux qui en ont la maitrise. C'est la force de l'habitude