En regardant pour la troisième ou quatrième fois "Pretty Woman" pour le talent, l'élégance et la distinction de Julia Roberts, au lieu de me laisser envahir par le rythme alerte de cette
comédie romantique, s'est introduit, en moi, comme un malaise comme un contact douloureux avec la misogynie que colportait cette énième transposition du mythe de Pygmalion, misogynie latente sous
toutes les latitudes et qui se traduit encore dans tous les domaines par l'asservissement des femmes, par les violences et meurtres conjugaux, par leur déconsidération dans certains pays, par
leur emprisonnement sous des tenues camisoles, par les feux aux saris,bref par tout ce qui leur fait comprendre leur état de sous êtres, qui n'ont accès , dans certains pays ni à l'enseignement ni
à la culture,; sans compter les mutilations sexuelles comme pour les punir d'être des Propétides contemporaines dont la légende s'est insinuée aux tréfonds des sociétés les plus diverses. Elles
sont à la lisière du monde des barbares, de ceux qui ne parlent pas comme nous, de ceux qui ne mangent pas comme nous, de ceux qui ne s'habillent pas comme nous, qui n'ont pas mêmes habitudes, les
mêmes rites, les mêmes religions, les mêmes savoirs et les mêmes interprétations des signes et des sigles. Bref de ceux qui n'ont pas eu accès à la culture puisqu'ils n'ont pas acquis la notre. Les
sauvages, les Vendredi de Crusoé, ont eu droit à toutes nos cruautés car ils n'étaient rien, car ils n'avaient pas d'âme, parce qu'ils n'étaient que des bêtes sauvages dont il fallait se protéger.
Des êtres sans âme et sans culture tels sont nos voisins différents de nous, tels sont les ressentis de nos sociétés, dites civilisées. Or, ce qui caractérise une société, aussi primitive qu'elle
soit, c'est une culture.Dans une autre vie j'avais essayé d'imager la perception de la culture : Les civilisations sont des continents et toutes les particularités géographiques de ces continents
sont des cultures, donc le moindre petit ru est une culture. Mais la barbarie a changé de camps, elle est du côté des civilisations les plus developpées qui pour se protéger de la
contamination des sauvages, pour protéger la pureté de leurs races, de leurs moeurs, de leurs rites ont commis les génocides les plus monstrueux, les colonisations les plus pernicieuses, les
assimilations les plus perverses. Ainsi, malgré le dicton l'habit ne fait le moine, on continue à contraindre les autres à se vêtir des notres. Et la femme, sous être de notre misogynie habituelle
sera toujours là pour assouvir notre complexe de supériorité qui présuppose que nous les mâles sommes les seuls à pouvoir leur apporter ce qu'elles ne peuvent acquérir toutes seules :
Culture et bonnes manières. Pourtant il est si beau le mythe de Pygmalion qui se guérit de sa misogynie en épousant la statue qu'il avait scultée à qui Aphrodite avait donné la vie. La mythologie
va t'elle nous offrir les nouveaux habits de la culture?