En ces temps difficiles, la nostalgie construit son nid où douillettement l'on a envie de s'installer dans un coussin de plumes et de fermer les yeux pour rêver des temps où rêver avait
encore un sens, un temps pas si lointain où l'étal du petit artisan faisait repère dans un village, dans un quartier ou dans une rue. Et qui n'a pas eu l'occasion de s'asseoir dans la chaise du
cireur de chaussures a manqué un petit bonheur, tout simple et un spectacle unique. La virtuosité de l'artiste était à la hauteur des résultats; les cirages, les crèmes , les chiffons et les
brosses étaient maniés avec une dextérité et une vitesse qui forçaient l'admiration. La brosse à reluire terminait la brillance, instrument magique qui transformait vos poussiéreuses chaussures en
lampes éclairantes pour les passants qui n'avaient d'yeux que pour elles. Mon parrain, tailleur de profession, s'y asseyait deux fois par jour, pour voir reluire de façon resplendissantes, ses
objets de tortures, chaussures italiennes très pointues, qui lui déformaient douloureusement les pieds. Toujours impeccable dans son costume cravate, trois pièces, sous un climat torride, il ne
transpirait jamais et se plaignait encore moins.je n'en dirais pas autant de son épouse qui a vécu cent ans de solitude amère et méchante mais dont la dictature n'a, hélas, pas retenu l'attention
de Garcia Marques Mais tout disparaît et bien des métiers ont en ont fait autant, surtout sous nos climats, où les machines ont pris le relais robotisé de ces petits métiers. Tout sauf la brosse à
reluire, qui bientôt, sous certains régimes,est devenue une arme de défense. La passer avec passion sur la gloire d'un père des peuples ou d'un tyranneau local, pouvait si vous la maniez avec
adresse, vous sauver la vie et celle de votre entourage, sinon vous ne tardiez pas à vous retrouver dans le cirage. Cirer les pompes pouvait vous éviter les pompes funèbres; c'était une activité
familière et indispensable. Mais la brosse à reluire a vu son usage se multiplier sans se démocratiser pour autant; elle a muté en instrument de promotion.Certains l'ont complexifiée, tel Dominique
Lefebvre, avec ses crins coupés en quatre dans le sens de la longueur, mais tous s'en servent avec ardeur, pour tenter de faire reluire les sondages défavorables de leur maître à penser et à agir,
mais surtout pour attirer les graces et et les promotions, transformant, ainsi ,l'instrument en question en moulin à prière pour faux c....royants qui veulent se construire un avenir radieux.
La brosse à reluire de mon enfance a vu, de promotion en promotion, son rôle évoluer du cirage multicolore à la noirceur épaisse de la profondeur abyssale des âmes damnées dans l'enfer de
l'ambition. C'est le chatiment habituel des péchés d'orgueil!