commentaires de l'actualité, de l'histoire et de mes livres
Deux sociétés évoluent donc parallèlement, dont la compréhension mutuelle est très restreinte et dont les attentes et les affects sont divergents.J'ai lu récemment avec une certaine gourmandise un livre d'un grand intellectuel africain qui portait sur son peuple un jugement sans doute juste mais dénué de toute compassion et de toute sympathie; le peuple ne correspondait pas à ses espérances et c'était une tare irrémédiable. Je suis frappé, en France, des jugements lapidaires que porte la classe dirigeante sur toutes les expressions de la classe dirigée, quelles soient politiques, syndicales,artistiques ou même ses activités de loisir. Alors que tout est fait pour concourir à un degré certain d'anesthésie et même d'abrutissement de toutes les classes hors sphère dirigeante, dans l'insipidité des programmes télévisés et autres spectacles gratuits, les jugements méprisants sont monnaie courante. Les modes de pensée,les formes d'expression artistique( musique, danse, peinture,etc) sont raillées,souvent ridiculisées. Alors que le dé-tricotage d'un modèle social, qui associait convivialité, art de vivre en commun, et sécurité dans la vie de tous les jours et dans le travail est en pleine accélération, les admonestations les plus sévères sont faites à ceux qui essaient, avec les moyens qui restent en leur possession, de retarder le processus et de garder une petite place au soleil. Les grèves, les manifestations,les occupations d'usines et aussi les moyens les plus désespérés sont l'objet de condamnations et des cris d'orfraie d'une classe politique disposant de la totalité du pouvoir idéologique et médiatique, mais surtout d'une frange totalement dépolitisée de la population; celle ci n'est plus capable d'un jugement objectif et n'a plus le pouvoir de discerner que tous ces mouvements tendent à défendre les intérêts de toutes les populations dont le travail est de plus en plus dévalorisé. La sphère dirigeante vogue dans une mince couche d'atmosphère d'inconscience sociale et politique sinon d'irresponsabilité.Mais cette irresponsabilité n'est pas seulement le fait de cette couche sociale. Elle atteint même certaines de nos élites.Je ne parlerai pas, ici, des guerres picrocholines, des ego géants de la sociale démocratie, mais de cette curieuse habitude de mettre en avant les moins capables de chaque parti politique tandis que, dans la coulisse, des gourous animent la vie politique et détiennent les vrais pouvoirs. L'illusion d'une vie démocratique est ainsi préservée alors qu'il s'agit en fait d'un gouvernement par une ploutocratie dont le mode de recrutement peut ressembler à du népotisme.