commentaires de l'actualité, de l'histoire et de mes livres
Il m'est arrivé d'essayer d'écouter deux messieurs respectables, sur une chaîne du câble, , discuter des problèmes politiques, éthiques et philosophiques du
monde, qui dans des propos sentencieux débitaient des lieux communs, dans une phraséologie qui fleurait bon le milieu du 20è siècle, sûrs de leur culture, s'appuyant sur une documentation
dont ils livraient les sources avec une certaine délectation. Il ne s'agit nullement, pour moi, de dénier, à ces deux membres de cette élite française, le droit de s'exprimer dans le langage qui
leur convient mais de mettre essentiellement le doigt sur le hiatus qui les sépare culturellement de la majorité des citoyens français et, plus encore, du mode de pensée, du milieu de culture et
des préoccupations de leurs concitoyens un peu plus jeunes. Tout cela peut vous paraître naturel s'il ne révélait une attitude générale de la classe dirigeante de ce pays. L'accaparement
totalitaire du pouvoir de penser, des moyens de diffusion de cette pensée, et du jugement de la pensée, y compris cette attitude méprisante en face des goûts des autres et leurs
expressions artistiques est un marqueur majeur de la faiblesse de nôtre démocratie confisquée au profit d'une élite vivant en autarcie, dans un milieu que je qualifierais d'anaérobique. Il
fut un temps où la diversité, la polémique, la contestation, la provocation, la diatribe étaient des signes de la richesse, non seulement de la pensée, mais de la vie démocratique. Hélas la
pensée unique est passée par là mais aussi le moule de la formation de nos élites et la disparition définitive de la mixité culturelle et sociale qui voit une minorité privilégiée
contenir dans des barrières hermétiques la presque totalité des citoyens. Cette membrane n'est pas seulement imperméable à l'ascenseur social mais elle
permet à la caste dirigeante et aux élites de s'auto-reproduire dans des viviers propices que sont les grandes écoles, les grandes institutions éducatives, la haute administration, les grandes
entreprises, les institutions financières. Certaines de ces niches écologiques sont réservées aux noms à consonance et à la vieille noblesse, telles la marine et la diplomatie à de très rares
exceptions près. Il en résulte une démocratie totalement viciée où les sphères dirigeantes sont totalement colonisées par des lignées quasi héréditaires et que se reconstituent dans les provinces
des féodalités quasi inexpugnables.
A SUIVRE