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J’ai du mal à me mettre à mon bureau ; il ne s’agit pas seulement de flemme mais d’une espèce de résignation à voir fleurir tant d’irresponsabilité dans le raisonnement d’une fraction importante de l’opinion, irresponsabilité d’autant plus coupable que la situation est grave, que notre pays subit un appauvrissement et que la situation risque de s’aggraver si les citoyens de ce pays ne font pas les efforts suffisants pour comprendre ce qui est en cause dans cette situation et qui sont les véritables responsables. Nous pointons du doigt avec une facilité déconcertante tous les miséreux qui essaient de trouver pitance dans notre pays, nous nous persuadons qu’ils sont la cause de nos malheurs, alors que d’autres pays où les immigrés sont beaucoup plus nombreux, des pays voisins pourtant, sont beaucoup plus prospères. Nous pointons du doigt avec colère l’incapacité de gouvernants, que nous traitons de tous les noms d’oiseaux, alors qu’ils ne sont que très partiellement responsables d’une situation qu’ils ne peuvent pas maitriser. Nous nous apprêtons à adhérer à une idéologie xénophobe et populiste incapable de mettre en jeu une politique économique cohérente et même intellectuellement compréhensible, simplement parce que nous refusons à faire l’effort de chercher les véritables responsables de notre déshérence actuelle.
Nous sommes dans un étau : si l’on veut résoudre notre problème de dette, il nous faut, soit augmenter nos impôts soit diminuer toutes les prestations sociales qui constituent l’effort de solidarité de notre nation envers ses citoyens, soit réduire de façon drastique nos établissements publics qui sont le cadre de notre identité nationale depuis l’établissement de la république et de la démocratie.
Que l’on se demande pourquoi on en est arrivé là et que les réponses soient responsables c’est le moins que l’on puisse faire ! Des scandales, qui amusent ou distraient le public, essaient de nous éloigner des véritables enjeux de nos choix politiques. Ces procédés font partie du processus permanent de la déresponsabilisation des citoyens.
Nous avons subi deux étapes de dérégulation de l’économie : le premier avec le couple Thatcher – Reagan qui a supprimé toutes les tentatives d’intrusion de l’état dans les affaires économiques, le second avec la création et la multiplication des produits dérivés bancaires qui a détourné l’argent de l’investissement industriel pour achever la financiarisation de l’économie et laisser la bride sur le cou à la spéculation. Toutes les crises économique que nous avons subies ces dernières années sont dues à la spéculation et c’est cette dernière qui nous pique nos économies et non les quelques romanichels qui ne sont là que pour nous servir de boucs émissaires ! Mais il est plus facile de s’attaquer aux pauvres gens que de s’attaquer à nos banquiers mais c’est aussi plus lâche ! C’est aussi plus lâche pour nos gouvernants de ne pas dénoncer cet état des choses, car ils devraient faire face à des représailles, on ne peut plus sérieuses ! Alors nous courbons l’échine et nous supplions, nous offrons des subsides aux plus riches en les implorant de nous verser quelques contreparties ce qu’ils ne feront que si cela peut leur rapporter.
Je n’ai aucune illusion sur l’évolution de l’opinion populaire ! Les serviteurs médiatiques du système qui nous enserre sont suffisamment puissants pour ne permettre aucune inflexion ! Mais il était nécessaire d’exprimer mon extrême divergence avec cette idéologie dominante !