La mode du moderne est au goût du jour; rupture, réformes, la chasse au ringard est ouverte de façon spectaculaire avec l'arrivée de notre nouvelle présidence. Du passé faisons table rase,
surtout de notre passé social, des acquis sociaux gagnés de haute lutte par nos aînés, de notre modèle socio-économique qui freinait nos évolutions vers l'efficacité économique, de la laïcité qui
était moins formatrice d'élévation morale que le clergé, de notre justice dont l'humanité et le souci d'équilibre étaient une preuve de laxisme, des corps intermédiaires dont le conservatisme
embrumait la communication présidentielle, des collectivités territoriales qui manifestaient trop d'indépendance par rapport au pouvoir central, du tissu associatif trop onéreux, de
l'administration trop pléthorique, des enseignants et des chercheurs inefficaces, de la justice fiscale qui pénalisait certaines professions bref un vrai coup de balai pour enlever la poussière du
temps. Le problème c'est que la modernité ne décrète pas, il ne suffit pas de rassembler les problèmes aux sons du clairon pour les faire disparaître et les discours incantatoires finissent
toujours par lasser. La crise nous a permis de préserver l'essentiel de notre modèle social qui a démontré son pouvoir d'amortissement alors que d'autres pays soumis aux lois de la dérégulation et
des privatisations à outrance ont payé le prix fort. Il est sans doute encore un peu tôt pour juger les effets des réformes dont la précipitation a valu bien des aléas à l'équipe gouvernementale,
mais ce qui est sûr c'est que c'est notre modèle de société qui s'en est le mieux sorti.
La contre réforme sociale mise en oeuvre en faveur d'une dérégulation à l'anglo-saxonne s'est cassée les dents sur la crise. Le rêve americain de notre président s'est révélé être un cauchemar
pour des dizaines de millions d'hommes. Il faut, à n'en pas douter, moderniser notre pays mais en partant de bases solides que la sagesse du temps a façonnées. Il faut respecter le génie
intrinsèque d'un peuple dont le passé a démontré l'humanisme et la créativité. Il faut lui donner les moyens de faire fructifier son capital humain et philosophique , alors et alors seulement la
voie vers la modernité sera ouverte! Ce matin en comparant les attitudes des deux premières dames françaises et américaines, dans une émission télévisée, l'on pouvait se rendre compte de façon
évidente de quel côté était la modernité!