Avez vous remarqué comment le nègre, s'il continue à être employé dans un sens péjoratif, a pris quelques lettres de noblesse; il est celui qui vient au secours d'un écrivain moyen,
d'une actrice en mal de confidences, d'un homme politique débordé auquel il apporte son talent d'écriture pour ses mémoires ou quelque communication d'importance dont la postérité ne pourrait
pas se passer. La couleur a peu de place dans ce tableau minimaliste, car si le nègre demeure un serviteur il ne tient plus le plateau mais plutôt le stylo ou, mieux encore, il est au clavier. Le
haut du plateau est toujours occupé par le maître masculin ou féminin qui va signer l'ouvrage mais le talent, même s'il reste incognito,reste la propriété du nègre, qui en même temps qu'il voit les
honneurs lui échapper y gagne quelque fierté d'avoir fait la courte échelle vers la postérité à celui qui va l'occuper. Le noir lui n'a pas cette chance; qu'il soit délinquant ou footballeur il est
toujours celui sur qui s'abat la foudre, paratonnerre commode des frustrations de ceux qui n'ont ni audace ni talent quelconques. Les incendies les plus graves ne sont sûrement pas ceux qui font la
une dans les consciences les plus étriquées, mais qui s'allument dans les insupportables insuffisances des esprits dont la culture s'arrête aux anecdotes. je ne saurais trop recommander à quelques
uns de ces grands esprits de lire "les invités" de Pierre Assouline, qui déjà un peu noirs voient leur table se beurrer par une incongruité exogène. Car le noir a l'ascension sociale ignorée ou
citée comme exception qui confirme une règle bien établie, il est délinquant ou sportif et son infortune d'être bien payé ne peut venir que d'une horrible injustice, d'un grossier malentendu, d'une
erreur d'aiguillage. Commissaire ou haut magistrat il fait tâche dans le paysage peint par des aquarellistes des comptoirs dont le pinceau est tremblotant. Il a de la chance notre africain autre
nom commun de ces êtres qui n'ont que les dents blanches de leurs rires éclatants pour faire face à leur noire misère, car il leur suffit d'épouser une blanche, anicroche évidemment regrettable
pour les puristes, pour voir leur progéniture se décolorer aux yeux de ces brefs de comptoir et acquérir le titre envié de métis. Aux USA, ils n'ont même pas cet échappatoire, noirs ils restent
quelque soit leur couleur de peau, il suffit qu'une goutte de sang impur souille la pureté de la race supérieure. Il faut rendre justice à notre pays car il suffit qu'un noir soit élu à la
présidence américaine pour qu'il reçoive fissa le titre de métis. Les croches par contre n'échappent pas à la malédiction car leur valeur est moitié moindre si elles ont le malheur d'être
noires.