Si croyez aux fantômes , vous avez bien raison. Les mânes de Jacques Foccard ont fait entendre un rire sonore de contentement, audible jusqu'à Port Gentil. Je sais bien que dans la mémoire
courte des français ce nom évoque de pâles relents d'une affaire de massacre de toute une famille à Auriol en Provence, la famille Massié, coupable de détournement de fonds au dépens du service
d'action civique, milice violente créée par Foccart. Les égarements du père fouettard ne sont pas arrêtés là; âme damnée du Général de Gaulle il fut accusé des pires coups bas par ses ennemis
d'alors et les affaires où lui même et ses comparses sont accusés sont nombreuses et variées. Mais ce qui donne quelque gloriole à sa postérité, malgré son énorme influence sur son territoire
d'adoption, la Métropole, car n'oublions pas qu'il était né en Guadeloupe et que son père avait été maire d'un commune de ce territoire, qui devint ensuite département d'outre mer, c'est son oeuvre
africaine, je devrais dire son chef d'oeuvre, tant l'édifice dont il fut l'architecte, malgré son évident anachronisme a la solidité d'un roc résistant aux vents et aux marées de l'histoire et même
aux volontés politiques les plus fermes. Cette fermeté, il est vrai, a une tendance à se fissurer, sous les coups de boutoir de conseillers obscurs tel Bourgui et de la disponibilité de fonds de
campagne. Chacun en a eu pour son argent, droite et gauche et un ministre transfuge a même payé de son poste le fait d'avoir cru à des paroles verbales. L'élection d'Ali Bongo, l'homme qui
connaît le moins son peuple et qui ne parle pas ses langues, a repeint de couleurs vives l'édifice de la Françafrique, malgré les dénégations de tous nos responsables politiques. Il est vrai que,
dans notre pays, dénégations valent aveux, à moins d'une cécité ou d'une incompétence totales. Le mot est sans doute "involontairement lâché", car au Gabon, l'économie est contrôlée, je
répète totalement par des multinationales françaises, qui reversent des royalties énormes à quelques familles gouvernantes qui ont le bon goût d'être reconnaissante aux dirigeants français. Que
l'on se précipite pour féliciter le nouvel élu fait partie des maladresses excusables des débordements de joie mais les évènement de Port Gentil démontrent que certains fantômes ont la vie dure et
celui de l'ère coloniale fait partie de ceux ci.