L'ardoise n'avait qu'une seule inscription: le rendez vous!Le petit carré noir où l'on notait essentiellement la liste des courses et des produits manquants avait
changé de dimension; il était devenu l'objet! la date du rendez vous y tronait et l'on s'attendait à ce que les secondes s'égrainent dans un silence lugubre. Les messages de sympathie pleuvaient et
sonnaient comme des condoléances prématurées. Track ne put s'empêcher de penser qu'il était devenu un personnage presque célèbre.Une vieille pierre, soupira t'il, avant même que le temps ait
terminé son oeuvre et que l'humidité l'enduise de mousse. il est vrai que le contemporain n'avait conquis qu'un petit nombre d'amateurs. Et si on enlevait les spéculateurs il n'en resterait presque
rien. Il y avait chez certains une curiosité maladive, les interrogations malsaines infusaient dans certains messages: et alors c'est pour quand l'échéance? Track n'en avait que faire de cette
soudaine empathie morbide, il avait suffisamment à faire avec sa propre histoire pour ne pas remplir les pages de celle de autres. Le rendez vous n'avait d'importance que pour son entourage. Il ne
lui apprendrait que ce qu'il sait déjà.L'empreinte était suffisante dans son esprit, dans son corps, dans ses os et même dans sa sueur pour qu'il ne se permette aucune espérance. Il continuait à
faire ce qu'il avait toujours fait avec un je ne sais quoi de plus maladroit. Track s'était préparé avec les rendez vous les plus incongrus et celui là était, sans nul doute, le plus inéluctable.
Demain il remplirait son acte de contrition envers lui même comme un geste naturel : la gorgée de rhum.