commentaires de l'actualité, de l'histoire et de mes livres
Quand une personne de mon âge arrive à la frontière, il ne peut s’empêcher de s’interroger. J’envie ceux qui matérialisent la leur dans une terre, une langue, une religion, un mode de vie, une idéologie. Je suis trop ailleurs, trop loin de ces considérations, trop éloigné de ces certitudes, trop incertain dans ma vision de mon environnement réel, trop sûr de porter en moi les millions d’années de ces molécules organiques venant d’un univers infini, trop volatile pour affirmer la réalité de mon existence, trop peu ancré dans le temps et l’espace, trop près d’événements qui ont décidé de mon sort dont l’approche est si personnelle et si impersonnelle qu’elle aboutit à un océan d’incertitudes et de doutes dont l’évanouissement n’est pas à ma portée. Je suis le fils d’embruns, de tempêtes et de fouets dont la fureur m’a marqué du fer rouge de mes ancêtres, bétail humain dont les poings fermés traduisaient la désespérante impuissance et la proche et marronne révolte. Je suis donc d’ailleurs, d’un univers dérobé dont le secret m’échappe et qui n’a couloir obscur et inquiétant qui mène à une certitude ! Des effluves de vie, de bonheur et de joie m’affirment qu’il suffirait que me retourne pour apercevoir le soleil d’une île perdue dans une immensité qui vous noie le regard et engloutit vos souvenirs.
Qu’ont-ils fait de mon île, ces mercantiles et médiocres acteurs d’une comédie sinistre dont les grincements vous glacent ce qui vous reste de sang, ce sang mêlé de tant de passés, de tant de fers, de tant de voyages enchaînes, de tant d’horizons inconnus, de tant de désespoirs mais de tant de fiertés. Qu’ont-ils fait de ma baie jonchés de jonques luxueuses, attendent quelques ignares qui ignorent les peuples pour adorer le dieu Aton qui les cuit à l’étouffée.
Avant le verbe les humains étaient noirs, tous sans exception et leur courage les a propulsés sur toutes les terres émergées. C’est là, dans ce coin d’Afrique australe et orientale qu’émerge le début de mon identité, vague, confuse, dans une langue cliquée, près d’une mer nourricière. L’aventure de mon identité s’est poursuivie pas à pas, dans le courage de ma résolution motorisée par ma volonté à travers les plaines, les fleuves et les monts, les déserts et les océans pour conquérir l’intégralité de la planète. Je me suis diversifié pour m’adapter aux conditions mais je reste intiment lié aux origines de mon être et j’ai en moi tous les océans de la terre, tous les feux des entrailles, toutes les cauchemars des enfers. Mon identité comporte donc la chair de l’espace, les feux des entrailles et l’eau des océans !
Qu’ont-ils fait de mon île es médiocres et mercantiles acteurs du pillage de nos paysages, de la liberté de vivre de nos miséreux, de la fierté des îliens transformés en médiateurs d’une économie de comptoir qui continue à profiter aux mêmes esclavagistes à peine dégrossis, qui n’ont rien appris du temps et de la civilisation.
Mon identité s’est forgé contre vous, dans une bataille que j’ai gagnée malgré les apparences !