Le jour s’écoulait et le crépuscule s’invita dans la pièce et dans l’humeur de
Flag ; sans aucune raison apparente Flag s’obscurcit ; la journée avait été plate mais pas plus que d’habitude ; est ce le souvenir de sa mère qui effleura son inconscient, ou une
des colères innocentes de son père qui adhéra à la membrane d’une cellule de ces structures mystérieuse de la mémoire ou c’est la mort de cette jeune et belle patiente, inéluctable dès le
diagnostic, et dont il avait suivi l’inexorable cheminement, qui venait gratouiller son cortex mis à vif par le déroulement de sa vie. Arthur, son chat, avait instinctivement perçu son état
d’esprit et lui qui se vautrait langoureusement sur les genoux de son maître se tenait loin lui car il pressentait qu’il allait se faire rembarrer brutalement. Donc son air maussade le conduisit
à renouveler son verre d’Islay, whisky qu’il commandait à son beau frère. Le whisky était une passion de collectionneur et ses bouteilles étaient aussi nombreuses que précieuses ; il lui
faisait quelques infidélités avec du bourbon quand se présentait un amateur de ce breuvage. Il faut reconnaître à Flag, une science certaine des alcools de tous genres y compris le
vin et sa cave était sûrement une des meilleures de la région. Rester seul, dans son boudoir à écouter de la musique, un verre à la main, est un des
rares plaisirs de Flag, dont le goût pour la solitude avait eu raison de ses meilleurs amis. Il recevait pourtant mais le repas était préparé, chez lui, par une de ses relations, remarquable
cuisinier, à qui il laissait carte blanche, en fonction de ses invités et de leurs préférences culinaires. Flag était un divorcé, en pleine quarantaine, dont les deux enfants poursuivaient des
études couteuses et l’ex épouse avait hérité d’une confortable pension alimentaire. Une grande partie de l’irritabilité de Flag prenait sa source dans cette obligation. Flag était loin
d’être dans le besoin mais détestait donner aux autres. Son père avait été un éditeur en vue de la place de Paris qui avait connu les
peintres les plus importants de sa génération et Flag avait hérité d’une fortune conséquente dont il ne profitait qu’avec parcimonie. Il pouvait pourtant se montrer généreux mais cette attitude
lui demandait de sortir de sa gangue et l’alcool était un bon intermédiaire. Non Flag n’était pas avare mais il avait une peur paralysante de se trouver démuni ; un autre trait de son
caractère, qui peut être catalogué comme défaut, était un orgueil démesuré, que ses fonctions importantes avaient majoré et qui le conduisait souvent à être inutilement cassant et sans
égards avec ses subordonnés et désinvolte avec ses semblables. Il faisait tout pour être en vue ce qui lui causaient bien des inimitiés
A SUIVRE
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