Mardi 16 décembre 2008

Cette bibliothèque est le lieu où j’ai passé le meilleur de mon temps ces dix dernières années, continua Séfi ; si tu prends la peine d’examiner les titres dans leur temporalité, tu t’apercevras rapidement que ce sont les années de ta vie depuis notre séparation ; car j’ai vécu avec toi tout au long de mon existence ; tous ces bouquins sont ceux que tu as lus ou que tu as consultés pour tes études ; je sais qu’elles ont été brillantes mais combien insuffisantes à mes yeux ; tu étais destiné à des avenirs bien plus prometteurs si ton orgueil et ta méfiance ne t’avaient  fait refuser les petits compromis que l’on te proposait ; tu es encore persuadé qu’il s’agissait d’honnêteté intellectuelle alors qu’il était question de ta place dans la société et du service que tu pouvais rendre aux autres. Tu as manqué non seulement d’ambition mais de lucidité ; tu es resté en deçà de tes possibilités, de tes capacités sans autres excuses que ta blessure originelle. Moi, mon amour pour toi , cette bibliothèque en fait preuve, est indemne ; j’ai lu ce que tu lisais, j’ai étudié ce que tu étudiais, j’ai écrit ce que tu écrivais ; chacune des lignes de tous ces ouvrages est une déclaration d’amour ; je ne me suis jamais ennuyé avec toi ; tu étais l’unique, l’homme , non seulement de ma vie, mais l’homme tout court celui dont je n’ai jamais oublié les heures passionnantes que nous avions vécues et qui ont suffi à me remplir la vie. Bien entendu, j’ai eu des aventures dont la mièvrerie  m’ont conforté dans mon opinion que j’étais la femme d’un seul homme : toi . C’est pourquoi tu es là aujourd’hui. Car la seule question existentielle que tu t’es posée tout au long de ta vie est « pourquoi est elle partie? » car tu savais que l’excuse de la passion affadie était pur prétexte ; tu te sentais  capable de  satisfaire toute  ma vie et moi aussi.  Alors, je te dois la vérité alors que mon existence arrive au bout de son chemin : je me suis enfuie pour une seule raison, pour un seul mot « Navier ». . Navier c’est le nom de notre arrière grand père commun, car même si je porte le nom de ma mère, je suis la petite fille de Canage, le béké qui a fait des enfants à Dine, la sœur de ta grand-mère ; c’est mon père qui me l’a appris l’avant-veille de notre rupture et lorsque l’on connaît les ravages qu’avait fait la consanguinité dans notre famille je n’ai pas voulu te priver de descendance et je considère, encore aujourd'hui, que j’ai pris la bonne décision. Guam sentit le noir l’envahir progressivement ; au fond du trou se détachait le fichu d’esclave de son arrière grand-mère ; Passèrent, dans l'espace temps, comme un éclair, les chevaux de son père. Guam sut instantanément ce qu’il était venir faire sur l’île : obtenir d' Hades la main de sa fille. Il s’affaissa lentement sur le sol. Le soleil envoyait ses rayons miroiter sur les facettes des deux mers. Une belle journée en vérité pour un mariage posthume
http://fr.youtube.com/watch?v=SmmK4LGO-H8!

Par mocekx - Publié dans : écriture
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