Lorsque Guam frappa à la porte d’entrée, celle-ci s’ouvrit sur un visage anonyme, impersonnel et sans relief. Ce genre de personne que l’on qualifie d’auxiliaire de vie et qui, en réalité, a pour fonction de vous accompagner vers la mort. Mr Guam, je suppose ? Entrez, Melle Guilly vous attend! Il y avait dans sa voix « un je ne quoi » d’impératif et d’hostile. Guam la suivit docilement dans une vaste antichambre meublée d’essences rares, dont l’origine sud américaine était évidente. Au mur des photos, en nombre impressionnant, d’amérindiens de tous pays et de tribus amazoniennes. Dans les vitrines, des collections d’objets d’art que Guam n’eut aucune peine à identifier et qui traduisaient une véritable passion pour ce continent qui avait vu naître la propriétaire des lieux. Séfi se tenait droite dans la pièce attenante, appuyée sur une canne. Narquoise, elle interpella Guam « alors on n’a pu s’empêcher de monter la côte, comme si, à ton âge, tu avais quelque chose à te prouver » Guam s’approcha ; Séfi avait gardé de sa jeunesse le regard profond et inquisiteur et les lèvres particulièrement sensuelles ; tout le reste n’était que souffrance : les tempes turgescentes, les tics du visage, les bras décharnés, les épaules tombantes, la maigreur extrême. Guam se rendit compte de l’effort surhumain que la station debout lui réclamait ; il l’étreignit longuement en la soutenant autant qu’il le pouvait puis il l’aida à s’asseoir sur son fauteuil, le souffle un peu court ; le fauteuil était proche d’un lit caraïbe à baldaquin garni d’une grande moustiquaire. En dehors du lit, une immense bibliothèque occupait le reste de la pièce ; une multitude d’ouvrages de tout genre, de toutes matières, d’auteurs innombrables étaient rangées avec minutie ; les tranches reliées, aux titres dorés se suivaient dans un ordre que Guam eut du mal à déterminer mais qu’il réussit à découvrir après examen. Ces livres avaient été placés par années d’acquisition ce qui ne facilitait pas leur compilation. Mais il n’eut pas le temps de s’interroger longuement sur la finalité d’une telle disposition. Séfi débuta un long monologue « cette bibliothèque, c’est toi, lui dit elle, en tout cas ce que tu es devenu ; moi, je n’ai pas cessé de te connaître, je t’ai suivi pas à pas, je t’ai accompagné tous les jours. Je sais bien que tu t’es marié, que tu as eu des enfants, que tu as divorcé ; ce sont des évènements habituels dans la vie d’un homme , mais qui étaient inévitables chez un personnage comme le tien, toujours sur ses gardes, retenant ses élans, ne supportant aucune contrariété, toujours bridé par le sentiment d’avoir été trahi une fois et d’avoir à l’éviter dorénavant…….
http://fr.youtube.com/watch?v=vFTp2O0ywyw
A SUIVRE
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