Jeudi 11 décembre 2008 4 11 12 2008 11:32

Sefi était une mulâtresse aux yeux amandes, marrons tirant au vert: oh pas une de les mijaurées de la ville, chichiteuse, minaudeuse, aguicheuse de bons partis, piégeuse d'une vie bourgeoise, convenue avec l'accord de parents commerçants, fonctionnaires de bon rang, membres de professions libérales, dont le bovarisme allait se faire jour dans une dizaine ou quinzaine d'années, sucreries parfumées pour hommes sans caractère dont la personnalité allait se déliter dans l'air du temps. Pas non plus, une de ces  jolies femmes aux tenues affriolantes collectionneuse de beaux garçons, assidues des cocktails et réceptions mondaines dont les hommes se servaient comme amuse gueule, avant le plat de consistance que constituait un beau mariage; d'ailleurs ces femmes n'en avaient que faire de ces beaux gosses aux ardeurs doucereuses qui se croyaient les amants du siècle; ils n'étaient que des clones de tous ceux qui les avaient précédés; elles épouseraient, plus tard, des cinquantenaires fortunés qui leur fourniraient les moyens de continuer à frimer. Non, Séfi, était " brute de coffrage ",un pillier de cathédrale, le côté solide de la force, l'état sauvage non maitrisable, le cabri qui saute de rocher en rocher, la jument parcourant la savane en la sonorisant de ses ruades joyeuses, le serpent qui se glisse dans les lianes et les sous-bois, le léopard qui, de son monticule protecteur, s'offre le choix des proies. Mais surtout Séfi était l'amour tendresse, l'amour plaisir, l'amour provoquant et impudique, l'amour implorant et exigeant, l'amour nu et sans malice, sans autre projet que celui de vivre l'instant. Un an et demi de vie commune que Guam avait tenu en respect dans sa mémoire et qui venait le fouetter douloureusement: un amour sans nuage, un amour fusionnel malgré les orages inévitables de la passion. Jusqu'à ce matin là, à jamais gravé dans sa mémoire. Séfi n'était seulement son amante , c'était son directeur de conscience, son exemple dans ses études, son encyclopédie vivante; rien n'échappait à sa curiosité et Guam lui vouait une admiration sans borne; Séfi lui avait bien avoué qu'elle était la fille d'Hades et de la nuit, qu'elle était une créature infernale qui vous dégoûterait à jamais de la fadeur du Paradis, mais, pour lui, le coup fut imprévisible. Un matin , identique à tous les autres, elle lui assena tout de go : je te quitte, je ne veux pas devenir une amante d'habitude, une de ses femmes à qui l'on passe la main dans le dos, sur le front de laquelle on dépose un baiser indifférent, une femme de tous les jours. Ce que l'on a vécu fut trop fort pour être gâché par le temps. Les larmes lui coulaient sur les joues mais sa décision, Guam  le comprit immédiatement, était définitive. Guam se sentit projeté dans ce bain de boue habituel des stations de cure; et c'est cette gangue qui, en séchant, continuait à l'enserrer . Il avait plongé dans ce purgatoire infini, univers désert et sans espoir; situé aux limites de deux temps indéfinis.
http://fr.youtube.com/watch?v=62BThrVn-5I
A SUIVRE......

Par mocekx - Publié dans : écriture
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