Vendredi 4 mai 2012
5
04
/05
/Mai
/2012
17:48
Je ne suis pas de ceux qui ont été passionnés par les thèmes de la campagne. Il y a un tel décalage entre les réalités du monde et la place de la France dans ce monde et les
thématiques abordées qu’il était difficile de discerner une vision et un horizon et de ressentir un souffle d’optimisme, de reconnaitre à l’horizon les feux d’un port accueillant où notre
jeunesse et notre descendance pourraient faire escale avant d’élancer leur enthousiasme à la conquête de territoires imaginés par leurs talents. Le cadre et les limites de ces débats avaient été
fixés d’emblée par le plus lugubre des premiers ministres qui en excluait le rêve et l’utopie, bornant ainsi la réflexion aux limites étroites du domaine de compétence de la droite : une
économie « austéritaire » dictée par les marchés qui réduirait les peuples à subir, pendant une décennie, au moins, le servage de l’ultralibéralisme dans la sauvagerie des dérégulations
sans cesse plus débridées où la force replacerait la loi et les acquis sociaux seraient écrabouillés par les bulldozers d’une concurrence exacerbée par les prédateurs d’une mondialisation
qu’ils auraient façonnée a leurs seuls profits.
Leur argumentaire consistait à essayer de nous culpabiliser, à nous infantiliser, à nous « imbéciliser » : à nous rendre coupable d’ignorance du monde dans lequel nous vivons,
celui où la globalisation interdisait toute approche différente de l’organisation de l’économie mondiale que celle qu’ils avaient tissée, telle une toile d’araignée où les prédateurs
pouvaient dévorer tout objet théorique hostile à leur main mise sur les peuples.
Ainsi l’émergence de nouvelles économies mondiales n’avait pas pour but le développement de l’épanouissement des populations mais la répétition des modèles économiques ultralibéraux
dans le but de concurrencer les pays où les droits sociaux étaient les plus aboutis afin de rendre évidente la nécessité de la dérèglementation des droits du travail avec toutes conséquences qui
en résulteraient. C’est cela qui nous a été proposé par notre gouvernement dans une réforme qui faisait passer les accords d’entreprise avant la loi !
La France n’est pas un îlot préservé de flots de la globalisation. Toute tentative pour élever des murs autour cet ilot est vouée à l’échec. Il va falloir avoir assez d’imagination, de
détermination et de volonté créatrice pour transformer cette globalisation destructrice en coopération globalisée au bénéfice des peuples. C’est cet horizon que toute action politique doit
enseigner à nos enfants et nos petits enfants ; il s’agit d’abandonner toute conception de repli sur soi pour aborder l’avenir avec un esprit conquérant plus conforme à ce qui fut notre
tradition et notre histoire en retenant les leçons du passé.
La France n’est pas nous plus ce pays étriqué que nous décrit une certaine droite, replié sur un territoire et des racines inventées. Ce qui a fait la France une nation ce ne sont pas les
mythes de racines chrétiennes nés de la conversion d’un roi franc Clovis et de son baptême, ce roi d’une tribu germanique régnant sur une minuscule portion de territoire, ce qui fait de la France
une nation ce n’est pas le début d’une francisation des provinces de gré ou de force par la lignée des capétiens ; non ce qui a fait la France c’est l’adhésion pleine et entière de toutes
les provinces à la notion de nation française lors de la révolution française et à ses principes de laïcité, de liberté, de fraternité et d’égalité. Une nation ce n’est pas seulement un
territoire, et des frontières, c’est l’intégralité des influences qu’elle a assimilées depuis sa naissance, la totalité des populations qu’elle a intégrées, et des ethnies multiples qui furent à
l’origine de sa formation. C’est d’une très grande pauvreté culturelle de croire que notre pays est issu d’une ethnie unique et que son unité s’est faite de façon spontanée et enthousiaste.
L’unité a été un combat permanent et il n’est qu’à faire remonter à notre mémoire les guerres cruelles de religion, les effroyables guerres du sud et le Chouanisme. Ce qui fait une nation c’est
le sentiment de toutes ses populations, de tous ses habitants, de tous ses citoyens d’avoir une communauté de destin, au dessus de toutes les différences ethniques, religieuses, philosophiques ou
culturelles. Cette communauté de destin ne peut être remise en cause pour des raisons politiciennes et c’est une atteinte grave à la Nation que de tenter de la diviser, de la cliver et d’opposer
ses citoyens pour des raisons de bas électoralisme. Les marqueurs d’une nation ce sont ses valeurs et ses valeurs sont celles de la philosophie des lumières complétées par la doctrine de ceux qui
lui ont permis de survivre : les membres du conseil national de la résistance. Qu’un dirigeant politique place ces valeurs au dessus d’une doctrine économique me parait salutaire et mérite
un hommage. L’esprit de la nation reste encore vivace !
A partir de lundi, un souffle nouveau va assainir ce pays, va nous délivrer des miasmes d’une xénophobie sous jacente, d’une division entretenue, d’une nation éparpillée. Que la situation
corresponde ou non à nos vœux les plus intimes, à nos convictions les plus profondes, à nos opinions politiques et économiques, cette nouvelle situation donnera un nouvel élan à nos possibilités,
à nos potentialités, à nos spontanéités. Ce ne sera pas le paradis mais nous aurons alors l’occasion de rebâtir une espérance.
Commentaires Récents